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Constances, groupe contrôle d’études sur le VIH

Modifié le 28/04/2017

Quelle est la fréquence des troubles respiratoires obstructifs chez les personnes vivant avec le VIH ? Le VIH est-il un facteur de risque indépendant ? Qu’en est-il pour les atteintes neurologiques dégénératives ? Pour y répondre, il faut comparer. Pour le faire, une équipe de chercheurs et de médecins s’est tournée vers la cohorte Constances.


Aujourd’hui, les personnes porteuses du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) vivent de plus en plus longtemps sans développer le dernier stade de l’infection, le sida. En France, leurs causes de mortalité se diversifient : cancers, troubles neurocognitifs, accidents cardiovasculaires, diabète… « Des données suggèrent que certaines de ces complications seraient plus fréquentes que dans la population générale. Cela pourrait résulter de l'immunodépression chronique, d’une fréquence accrue de certaines maladies, d’effets indésirables de certains traitements, mais aussi de comportements à risque plus courants chez les personnes vivant avec le VIH » indique Alain Makinson, clinicien au CHU de Montpellier et chercheur au sein de l’unité U1175. Qu’en est-il réellement ? Le VIH est-il un facteur de risque indépendant de certaines pathologies ? Pour y répondre, la cohorte Constances a été appelée à la rescousse.


Le VIH, facteur de risque indépendant des troubles respiratoires obstructifs


Dans le cadre du projet ConstancesRespi, soutenu par l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS), l'équipe de médecins et chercheurs emmenée par Alain Makinson s’est intéressée à la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Un groupe de 351 patients, fumeurs, porteurs du VIH, suivis habituellement dans 12 centres de France métropolitaine, a été comparé à un groupe témoin de 702 volontaires issus de la cohorte Constances, fumeurs également. « Pour chaque personne vivant avec le VIH, nous avons extrait 2 volontaires de Constances concordant sur l’âge et le genre. Nous avons ensuite comparé leurs mesures respiratoires réalisée par spirométrie » précise le chercheur-clinicien.


Résultats ? 19 % des patients vivant avec le VIH avaient des troubles respiratoires obstructifs contre 9 % des volontaires de Constances retenus dans l’étude. Mais surtout, le VIH est apparu comme un facteur de risque indépendant, entre autres de l’âge et de la quantité de tabac fumée. « Le risque de syndrome obstructif est augmenté de 72 % chez les personnes vivants avec le VIH. Les raisons de cette association restent encore à déterminer, mais on peut évoquer, chez certains sujets VIH, des antécédents de pneumocystose ou de tuberculose — des infections très destructrices du parenchyme pulmonaire — ainsi qu’une fragilité pulmonaire plus importante en lien avec des mécanismes d’inflammation plus prompt à se déclencher après une exposition au tabac en raison d’un déficit immunitaire chronique » détaille Alain Makinson qui a présenté ces résultats aux Etats-Unis lors de la conférence annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) à Seattle en février 2017.


VIH et troubles neurocognitifs



Selon la littérature, entre 20 et 30 % des personnes vivants avec le VIH, sous traitement antirétroviral bien suivi, seraient atteintes de troubles neurocognitifs. « Cette forte prévalence peut être liée au fait que le VIH est capable de traverser la barrière hémato-encéphalique et provoquer une inflammation chronique néfaste pour le cerveau. Mais elle est peut être aussi surestimée en raison d’une classification spécifique très sensible à tout écart aux normes. Une personne vivant avec le VIH peut être classée ‘’pathologique’’ alors que ses troubles neurocognitifs n’ont aucun impact sur ses activités quotidiennes, ce qui n’est pas le cas chez les personnes non porteuses du VIH » indique Alain Makinson.


Pour y voir plus clair, l'expert a lancé l’étude HAND 55-70 soutenue par l’ANRS. Entre mars 2016 et avril 2017, 210 personnes vivant avec le VIH, âgées entre 55 et 70 ans et suivis dans 5 hôpitaux sur Cannes, Grenoble, Marseille, Montpellier et Nîmes, ont réalisé les mêmes tests neurocognitifs et physiques que ceux passés par les volontaires de Constances dans les Centres d’examens de santé. Reste maintenant à tirer au hasard 420 sujets « contrôles » de Constances concordant sur l’âge, le genre et la catégorie socio-professionnelle et réaliser les analyses statistiques. Les premiers résultats sont attendus avant la fin de l’année.