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Les anticholinergiques diminuent-ils les performances cognitives des + 45 ans ?

Modifié le 02/11/2018

Antidépresseurs, anxiolytiques, traitements contre l’incontinence… De nombreux médicaments dits anticholinergiques ont des effets voulus, ou secondaires, sur les récepteurs de l’acétylcholine (molécule impliquée dans la transmission neuronale) et donc potentiellement sur les fonctions cognitives comme la mémoire. Leur consommation est-elle associée à une baisse des capacités cognitives des volontaires de la cohorte Constances ?

En France, il existe près de 80 médicaments anticholinergiques appartenant à une trentaine de classes thérapeutiques différentes. Leur consommation a-t-elle un impact sur les capacités cognitives des patients ? Est-elle associée à un sur-risque de la maladie d’Alzheimer ? Faut-il favoriser la prescription de médicaments sans effets secondaires sur les récepteurs à acétylcholine ? Voilà des questions importantes : 1 français de plus de 65 ans sur 10 prendrait de tels traitements.

Plusieurs études ont observé un effet négatif sur les aptitudes cognitives mais la plupart sont émaillées de limites : patients de plus de 65 ans présentant déjà des troubles cognitifs, absence de prise en compte des effets connus et des indications des médicaments, analyses groupées sur l’ensemble des médicaments anticholinergiques considérés comme un groupe homogène,…

Pour s’en affranchir, une équipe emmenée par Thibault Mura, médecin et chercheur à Montpellier, s’est penchée sur les données de la cohorte Constances*, et plus particulièrement sur celles de 34 267 volontaires âgés entre 45 et 70 ans ayant passé un bilan cognitif dans les Centres d’examens de santé entre février 2012 et juin 2016. Grâce à la base de données nationale de l’assurance maladie (SNIIRAM), les chercheurs ont eu accès (de manière anonymisée) aux prescriptions de médicaments anticholinergiques durant les 3 années précédant ces bilans. Leurs résultats ont été publiés le 8 septembre 2018 dans Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry.

Une association faible quand tous les médicaments sont mis dans le même sac

« Certes, nous avons trouvé une association mais celle-ci est très faible et pourrait surtout résulter des traitements anxiolytiques et antipsychotiques. Quand on a considéré, de manière individuelle, les 8 grandes classes de médicaments (antihistaminiques, antidépresseurs, anxiolytiques…), l’association disparaît sauf pour les anxiolytiques, les opioïdes et les antipsychotiques. Or ces classes de médicaments sont connues pour avoir des effets délétères propres sur les fonctions cognitives et/ou être indiquées dans des pathologies ayant un retentissement cognitif, ce qui pourrait suggérer l’existence d’une relation de cause à effet inversée. Les antipsychotiques, de par leurs indications, pourraient notamment être responsables d’une part importante de l’association qui est ressortie quand tous les médicaments anticholinergiques étaient mis dans le même sac » explique Thibault Mura. Et d'ajouter :

« Constances a permis une vraie innovation en nous permettant de marier des données d’origine administrative sur la consommation de médicaments, avec les bilans réalisés par les volontaires dans les Centres d’examens de santé, tout en prenant en compte les caractéristiques socio-économiques, le mode de vie, l’état de santé de ces personnes. Tout cela nous permet d’avoir des résultats solides. »

D’autres résultats, centrés sur les anxiolytiques, antidépresseurs et antipsychotiques — les 3 classes à visée psychiatrique — sont en cours de soumission.

* Cette étude a été réalisée dans le cadre de la thèse d'Abdelkrim Ziad (UMS11) qui a bénéficié d'une bourse Cifre (société ClinSearch).

Référence bibliographique
Ziad, A. et al., Anticholinergic drug use and cognitive performances in middle age: findings from the CONSTANCES cohort, Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry 2018, 89(10), 1107-1115. doi: 10.1136/jnnp-2018-318190.