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Expositions aux solvants : quels impacts sur les performances cognitives des femmes ?

Modifié le 30/03/2018

Les hommes ne sont pas les seuls exposés aux solvants dans leur travail. Les femmes aussi. Grâce à Constances, une étude va analyser — pour la première fois en France — les effets des expositions professionnelles aux solvants sur leurs performances cognitives.

Les solvants (colles, essence, white spirit…) fréquemment utilisés pour nettoyer les métaux, diluer les peintures ou encore décaper les vernis sont loin d'être inoffensifs pour la santé des travailleurs. De nombreuses études ont montré qu'un niveau élevé d’exposition professionnelle avait des effets délétères sur les performances cognitives globalement et/ou dans des domaines tels que les fonctions exécutives et l’attention. Ces études reposent souvent sur des populations de taille limitée et spécialisées dans un type d'activité comme la métallurgie ou l’imprimerie. Rares sont les recherches qui ont considérées les femmes, peu nombreuses dans ces secteurs.

Grâce à la cohorte Constances, une étude va être menée sur le ''Deuxième Sexe'' — mais aussi sur les hommes — à une échelle métropolitaine et pour l'ensemble des métiers qu'ils soient exercés dans des petites, moyennes ou grandes entreprises. Les professionnels de l'artisanat d'art, la blanchisserie, de la peinture, du nettoyage seront aussi intégrés dans l'étude.

« Le déclin des fonctions cognitives a des origines multifactorielles. Constances va nous permettre de tester les effets des solvants en prenant en compte les caractéristiques individuelles : l'âge, les paramètres socio-économiques et l’état de santé, mais aussi l'environnement et la pénibilité de l'emploi » explique Noémie Letellier qui mène ces recherches dans le cadre de son doctorat sous la supervision de Claudine Berr, directrice de recherche à l’Inserm à Montpellier.

Des résultats préliminaires, basés sur une extraction de données de la cohorte d'avril 2017 et comportant 24 000 volontaires âgés entre 45 et 70 ans, sont déjà là. « Chez les hommes, après contrôle des facteurs individuels et de l'environnement socio-économique, nous avons trouvé une association entre une exposition au white spirit, à l'essence et au trichloréthylène et de moins bonnes performances cognitives. Chez les femmes, une association entre une exposition à l'essence et au white spirit et de plus faibles performances cognitives est ressortie. Nous sommes en train de refaire toutes ces analyses à partir d'une extraction de Constances incluant plus de 19 000 femmes et 18 000 hommes âgés de 45 ans et plus en activité » indique Noémie Letellier. « Nous allons nous intéresser aux catégories socioprofessionnelles les moins favorisées car ce sont globalement les plus exposées aux solvants ce qui est source d'inégalités sociales de santé. Le but est de détecter les groupes les plus à risque dans un objectif de prévention. C'est une question de santé publique. »

A plus long terme, la cohorte Constances permettra de tester si ces expositions aux solvants sont liées à la survenue de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson.

En savoir plus :
>> Activité professionnelle et vieillissement cognitif, un projet accepté par les instances de gouvernance de Constances