Expériences négatives et violences durant l’enfance : le poids des chiffres et des maux ?

Sept volontaires de Constances sur 10 rapportent une expérience négative avant l’âge de 18 ans. Les violences sexuelles touchent davantage les femmes que les hommes et sont associées à des troubles du sommeil à l’âge adulte. Publiés en avril 2026, ces résultats sont basés sur les réponses de plus de 100 000 personnes formant l’une des plus grandes bases de données en population générale sur le sujet dans le monde.

En 2020, le questionnaire de suivi annuel de Constances comportait une série de 16 questions sur les expériences négatives rencontrées/vécues avant l’âge de 18 ans. Ces questions étaient la traduction française d’une section d’un questionnaire américain validé internationalement : le questionnaire BRFSS des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (en anglais : Centers for disease control and prevention ou CDC).

Plus de 55 000 femmes et près de 46 000 hommes de 18 à 69 ans à leur inclusion dans la cohorte y ont répondu, soit 87 % des répondants totaux du questionnaire « Ce taux de réponse est particulièrement élevé, surtout pour un sujet qui pouvait être perçu comme sensible. Cela montre l’intérêt des participants, que nous remercions vivement pour leurs réponses » indique Judith van der Waerden, chercheuse à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique (IPLESP) qui coordonne des études menées sur les données récoltées.

Des expériences courantes

70 % des femmes et 67 % des hommes de Constances ont rapporté au moins une expérience négative. L’expérience négative la plus courante était la violence psychologique ressentie pour plus d’un tiers des femmes et des hommes.

La plus grande différence entre sexe concernait les violences sexuelles : 16 % des femmes et 6 % des hommes ont rapporté une violence sexuelle (agressions sexuelles et/ou rapport sexuel forcé) avant l’âge de 18 ans. « Ces proportions sont cohérentes avec celles observées dans d’autres pays, où les femmes sont aussi plus touchées que les hommes » souligne Fabienne El-Khoury, chercheuse au sein de l’équipe Epidémiologie sociale, santé mentale et addictions de l’IPLESP dirigée par Judith van der Waerden.

L’équipe a ensuite analysé l’ensemble des réponses afin de dégager des profils typiques parmi les volontaires.

Chez les hommes, trois profils sont ressortis avec globalement :

  • 68,2 % des hommes qui n’ont pas eu ou ont eu peu d’expériences négatives durant leur enfance/adolescence
  • 19,6 % des hommes qui ont fait face à des violences physiques et psychologiques
  • 12,1 % des hommes qui ont vécu dans un environnement familial instable (difficultés financières, consommation d’alcool et/ou drogue par au moins un parent, parent avec une maladie mentale…).

Chez les femmes, un 4e profil est apparu de manière spécifique caractérisé par des agressions sexuelles, des viols ou des tentatives de viol, avec globalement :

  • 62,1 % des femmes qui n’ont pas eu ou ont eu peu d’expériences négatives durant leur enfance/adolescence
  • 15,3 % des femmes qui ont fait face à des violences physiques et physiologiques
  • 13,4 % des femmes qui ont vécu dans un environnement familial instable (difficultés financières, consommation d’alcool et/ou drogue par au moins un parent, parent avec une maladie mentale…)
  • 9 % des femmes qui ont subi au moins un viol.

Cette étude est l’une des rares dans le monde de cette envergure en terme de nombre de répondants

Judith van der Waerden

Violences sexuelles et troubles du sommeil

Appelées ACE pour « Adverse Childhood Experience », ces expériences négatives sont des événements potentiellement traumatisants. « Nous regardons actuellement les associations entre les différentes catégories d’ACE avec des caractéristiques de la santé physique et mentale des volontaires. Il y a de nombreuses analyses à mener pour comprendre comment ces traumatismes peuvent affecter notre santé à long terme » explique Judith van der Waerden.

Par exemple, les volontaires de Constances ayant rapporté un viol présentaient des probabilités significativement plus élevées de réveils nocturnes fréquents et de sommeil court, tant chez les femmes que chez les hommes. « Les troubles du sommeil est un des premiers symptômes de stress post-traumatique » souligne Fabienne El-Khoury.

En n’oubliant pas que toutes les personnes qui ont eu une enfance difficile n’auront heureusement pas ultérieurement des problèmes de santé, sociaux ou émotionnels liés à ces circonstances, car la résilience ou des expériences positives peuvent protéger contre de nombreux effets négatifs sur la santé même après des expériences négatives pendant l’enfance et l’adolescence.

Références bibliographiques :

Mourchidi A, El-Khoury F, Melchior M, Zins M, Wiernik E, van der Waerden J. Prevalence and profiles of adverse childhood experiences: a French nationwide study using the CONSTANCES cohort. BJC Public Health. 2026. DOI :10.1136/bmjph-2025-003300

Zayat TA, van der Waerden J, Bailhache M, Wiernik E, Zins M, Melchior M, Reynaud E, El-Khoury F. Childhood sexual violence and sleep disturbances in adulthood: Findings from a large French population-based study (CONSTANCES). Sleep Health. 2026. DOI :10.1016/j.sleh.2026.03.005 

Obésité : une cohorte virtuelle pour simuler les trajectoires de santé

Initié depuis un an, un projet innovant combine les données de Constances avec de l’intelligence artificielle pour créer une cohorte virtuelle de patients et simuler l’évolution de l’obésité. Mené en partenariat avec Quinten Health, ce projet entre dans une phase de résultats prometteurs permettant de prédire l’impact médical et économique de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Après la bronchopneumopathie chronique obstructive (lire notre article de 2024), le partenariat entre Constances, Inserm Transfert et Quinten Health s’est penché sur l’obésité avec un nouveau projet dénommé DEVIO, pour « développement de cohortes virtuelles et applications en obésité ».

Maladie aux causes complexes, l’obésité résulte de l’intrication de plusieurs facteurs : alimentaires et liés aux habitudes de vie, génétiques, épigénétiques et environnementaux. Ses conséquences dépassent la seule prise de poids avec de nombreuses répercussions et pathologies chroniques : maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, cancers, troubles respiratoires, atteintes musculo-squelettiques et santé mentale. En France, on estime que 17 % de personnes sont en état d’obésité, avec un coût évalué à plus de 20 milliards d’euros par an.

Des trajectoires très hétérogènes

En combinant les données de Constances avec celles du Système national des données de santé (SNDS), les chercheurs ont développé des modèles numériques capables de reproduire les trajectoires pondérales, les parcours de soins et les risques de complications observés dans la cohorte en fonction de facteurs sociaux et comportementaux. Ils les ont ensuite « projetés » au moyen d’une « cohorte virtuelle » composée de milliers de profils de patients. 

L’obésité se caractérise en effet par une forte hétérogénéité des trajectoires de santé : certaines personnes développent rapidement des complications sévères, tandis que d’autres conservent un état stable pendant de nombreuses années. Les réponses aux traitements et aux prises en charge varient elles aussi fortement d’un individu à l’autre. Dans Constances, environ 30 000 personnes sont en état d’obésité avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 30.

« Le projet mobilise des méthodes avancées d’apprentissage automatique, de modélisation bayésienne, d’analyse de données longitudinales et de simulation de patients virtuels » précise Sofiane Kab, chercheur au sein de l’équipe Constances (UMS-11) qui participe au projet.

La profondeur des données de Constances couplées à celles du SNDS a permis de reconstruire des trajectoires de santé d'un niveau rarement atteint à l'échelle internationale.

Soifane Kab

Evaluer l’impact de médicaments

Basée sur l’intelligence artificielle et la modélisation prédictive, la cohorte virtuelle permet aussi d’évaluer l’impact de stratégies thérapeutiques dans des conditions de vie réelle. Le projet s’intéresse notamment aux réponses potentielles aux agonistes des récepteurs GLP-1, une nouvelle classe thérapeutique dont les effets à long terme soulèvent des enjeux médicaux, économiques et organisationnels majeurs pour les patients et les systèmes de santé.

« À partir de ces cohortes virtuelles, l’objectif est de projeter, dans le monde réel et à grande échelle, les effets potentiels des stratégies thérapeutiques chez les patients atteints de maladies chroniques » explique Antoine Duclos, directeur adjoint de la cohorte Constances.

Une valorisation sécurisée des données de santé

Toutes les analyses sont réalisées dans les bulles sécurisées du CASD (Centre d’Accès Sécurisé aux Données), qui est l’infrastructure souveraine française de référence pour l’hébergement et l’analyse des données sensibles. Le projet a été évalué par le Comité scientifique international de Constances et respecte strictement les exigences éthiques et réglementaires applicables à la recherche en santé. Les volontaires conservent à tout moment leur droit d’opposition à l’utilisation de leurs données.

« À terme, ces cohortes virtuelles permettront d’anticiper finement les trajectoires de patients et d’éclairer les décisions de santé publique » souligne Marie Zins, directrice de la cohorte Constances.

Maladies oculaires : quels effets de la pollution de l’air ?

En utilisant les données des cohortes Gazel et Constances, toutes deux suivies par l’équipe de l’UMS 11, des chercheurs révèlent l’augmentation du risque de cataracte chez les personnes exposées à de fortes concentrations en dioxyde d’azote, un polluant principalement émis par les véhicules diesel et essence. Quant à la survenue de la dégénérescence maculaire liée à l’âge, elle est associée chez les volontaires de Constances aux concentrations élevées de carbone suie dans l’air. Ces résultats originaux sont publiés dans Ophtalmology Science en avril 2026.

La cataracte et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) sont 2 maladies touchant les yeux et apparaissant avec l’âge. Elles entraînent une vision floue (cataracte) et une perte progressive de la vision centrale (DMLA), avec des impacts importants sur la qualité de vie des personnes atteintes et le système de soins.

Ces maladies oculaires — touchant le cristallin pour la cataracte et la rétine pour la DMLA — sont suspectées d’être exacerbées par la pollution de l’air, via des mécanismes impliquant le stress oxydant. Des études épidémiologiques menées en Corée du Sud, au Royaume-Uni, au Canada et à Taïwan, apportent des éléments confirmant cette hypothèse pour certains polluants. Mais elles reposent sur des protocoles et des réalités de pollution très diverses.

Pour Cécile Delcourt, chercheuse au Bordeaux Population Health (Inserm/Université de Bordeaux), il était important de mener l’enquête dans un contexte français et dans le cadre de cohortes longitudinales (c’est-à-dire dans lesquelles la survenue de maladies est identifiée après l’inclusion des volontaires exposés à la pollution).

Deux cohortes pour une étude

Pour cela, son équipe a rassemblé les données de plus de 36 000 participants, dont la moitié appartiennent à la cohorte Gazel et l’autre moitié à la cohorte Constances. Leurs adresses de résidence ont permis aux chercheurs de déterminer une exposition annuelle moyenne à 3 polluants de l’air grâce à des modèles développés par l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH). Ces polluants étaient le dioxyde d’azote (NO2), les particules fines de diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres (PM2,5) et le carbone suie (black carbon en anglais).

La survenue de cataracte ou de DMLA ont été identifiées dans le Système national des donnés de santé (SNDS) à partir des remboursements pour des traitements contre la DMLA et d’opérations de la cataracte. Au total, l’équipe a répertorié 266 traitements contre la DMLA et 5 500 opérations de cataracte.

Analyses combinées et par cohorte

Pour la cataracte, les chercheurs ont identifié un effet de l’exposition au NO2 pour les participants vivant en zone urbaine au moment de leur inclusion. La survenue de cataracte était augmentée de 8 % au-delà d’une concentration annuelle de 35 µg/m3, après prise en compte les facteurs de confusion (sexe, âge et niveau d’éducation). Aucune association significative n’était retrouvée pour les participants vivant en zone rurale.

Le niveau de pollution était plus faible chez les participants ruraux. De plus, les sources de pollution, et donc la composition et l’origine des polluants, ne sont pas les mêmes en milieu urbain et rural, ce qui peut expliquer les différences

Cécile Delcourt

Concernant les PM2,5 et le carbone suie, aucun effet significatif n’a été détecté sur la survenue de cataracte, tant en zone urbaine que rurale.

Pour la DMLA, aucune association n’est ressortie pour les 3 polluants considérés lorsque les données des 2 cohortes étaient compilées. Toutefois, une augmentation de 88 % du risque de DMLA parmi les volontaires de Constances était observée pour les niveaux élevés de carbone suie. Ces différences invitent à approfondir les analyses ultérieurement, notamment en raison du petit nombre de cas observés (266 personnes traitées pour DMLA au total dans les 2 cohortes).

« Cette étude originale montre la richesse et la complémentarité de Gazel et Constances, deux cohortes avec de nombreuses données similaires pouvant être combinées dans des analyses » conclut Antoine Duclos, directeur associé de la cohorte Constances.

Crédits : Airparif.

Référence bibliographique

Gayraud L, Lequy E, Hucteau E, de Hoogh K, Coeuret-Pellicer M, Schweitzer C, Korobelnik JF, Delyfer MN, Vienneau D, Goldberg M, Zins M, Delcourt C. Association of Air Pollution Exposure with Incident Cataract Surgery and Neovascular Age-Related Macular Degeneration in 2 French Nationwide Cohorts. Ophthalmology Science. 2026. DOI:10.1016/j.xops.2026.101099

Journée scientifique Constances 2026

Plus de 300 personnes ont participé à la 9e journée scientifique Constances, le mardi 26 mai 2026 au campus des Cordeliers à Paris. Retrouvez les diaporamas et les vidéos des interventions, toutes aussi passionnantes les unes que les autres.

OUVERTURE

  • Marie Zins, directrice de Constances, et Catherine Grenier, Médecin-conseil national de la Caisse nationale d’assurance maladie
 
  • Matthieu Resche-Rigon, Doyen de la faculté santé de l’Université Paris Cité 

INFRASTRUCTURE

 

BIOBANQUE 

ENVIRONNEMENT PROFESSIONNEL 

DISCUSSION 

Les mouvements des yeux, nouvel indicateur de recherche Constances

Depuis février 2026, des volontaires participent à un nouvel examen reposant sur lobservation des mouvements de leurs yeux par des caméras infrarouges. Lenjeu est important : définir les valeurs de référence des mouvements oculaires en population générale française. Dici 2030, cet examen sera proposé à 25 000 volontaires de Constances âgés de 50 ans et plus.

Même lorsque nous pensons les garder immobiles, nos yeux bougent en permanence – avec en moyenne 3 mouvements par seconde. Ces mouvements oculaires mobilisent plusieurs structures cérébrales incluant le cortex, le cervelet et le tronc cérébral, ce qui en font un indicateur du fonctionnement de notre cerveau. Cest d’ailleurs pour cela que les médecins demandent à leurs patients de suivre du regard un objet ou leur doigt déplacés dans lespace. 

Mais à ce jour, aucune valeur de référence des mouvements oculaires n’existe dans la population française. Pour y remédier, un nouveau projet Constances financé dans le cadre du plan gouvernemental France 2030 vise à recueillir, durant 4 ans au minimum, les paramètres oculaires de 25 000 volontaires âgés de 50 ans et plus. 

Une phase pilote à Lille et Paris 

Depuis février 2026 et pendant 6 mois, une phase pilote est lancée dans 3 centres dexamens de santé participant à Constances : 1 à Lille et 2 à Paris. A la suite des tests cognitifs et fonctionnels réalisé dans le cadre du bilan de santé, il est proposé aux volontaires un nouvel examen d’une durée de 15 minutes environ.

Cet examen est réalisé par une ou un neuropsychologue à l’aide d’un appareil développé par l’entreprise franco-belge neuroClues et disposant d’une autorisation européenne pour un usage clinique. Cet appareil, très simple d’utilisation, enregistre les mouvements des yeux puis calcule plusieurs paramètres oculaires comme le temps de réaction, le pic de vitesse, l’erreur de direction ou la variation pupillaire.

Le visage est posé sur un appareil en forme de cône. Il est demandé au volontaire de suivre des points lumineux. Crédits : neuroClues.

Un déploiement dans 10 centres d’examens de santé 

Après cette phase pilote, 7 autres centres d’examens de santé proposeront ces tests à leurs volontaires de 50 ans et plus : à Bordeaux, Lyon, Nancy, Rennes, Saint-Brieuc, Toulouse et Tours. Pour des raisons budgétaires, un élargissement à l’ensemble des 23 centres d’examens de santé participant à Constances n’est malheureusement pas envisageable.

« En plus des valeurs de référence, nous regarderons si les caractéristiques des personnes — comme l’âge, le sexe, le niveau d’éducation et certaines maladies — influencent ces mouvements oculaires. Cela pourrait permettre une meilleure connaissance du fonctionnement cérébral au cours du vieillissement » explique Alexis Elbaz, chercheur Inserm au CESP et responsable de ce projet avec Marie Zins, professeure de santé publique et directrice de la cohorte Constances.

A plus long terme, cet examen pourrait permettre de déterminer l’intérêt des mouvements oculaires pour prédire des maladies neurodégénératives et neurologiques, telles que la maladie de Parkinson ou la maladie dAlzheimer.

La détresse psychologique augmente avec la pollution de l’air

Basée sur plus de 100 000 volontaires de la cohorte, une étude montre que les polluants de l’air extérieur sont associés à une santé mentale dégradée et que le carbone suie a un rôle indépendant des particules fines, dont il est l’une des composantes. Ces résultats sont publiés dans Environmental Research. En parallèle, des travaux sortis dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology confortent les impacts de la pollution de l’air sur la santé respiratoire : rhinite, asthme et le couple asthme-rhinite.

Depuis une vingtaine d’années, de plus en plus d’études épidémiologiques objectivent le rôle des polluants de l’air extérieur sur la santé mentale. C’est le cas de travaux reposant sur les données de Constances et menés par l’équipe de Bénédicte Jacquemin, de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET) de Rennes.

Publiée en 2022, une première étude avait mis en évidence que les participants les plus exposés à la pollution de l’air présentaient davantage de symptômes dépressifs. De nouveaux travaux établissent que les volontaires les plus exposés ont une santé mentale dégradée, retrouvant ainsi globalement des résultats d’études menées aux États-Unis, en Belgique et au Royaume-Uni.

Croiser score de santé mentale et cartes d’exposition à la pollution de l’air

Plus précisément, les chercheurs ont analysé les réponses des volontaires de Constances aux 12 questions de la version française d’un auto-questionnaire international appelé GHQ-12 (avec GHQ pour General Health Questionary) présent dans le questionnaire de suivi annuel 2019. Ces 12 questions portaient sur la présence de stress, de fatigue mentale, d’anxiété, de baisse de moral ou de perte d’intérêt.

« Ce questionnaire ne pose pas un diagnostic, mais permet d’obtenir un reflet du bien-être psychologique global à l’aide d’un score et de déterminer la présence d’une détresse psychologique » indique Bénédicte Jacquemin.

Exemples de questions du questionnaire GHQ-12 qui était présent dans le questionnaire de suivi 2019.

Quant à l’exposition aux polluants de l’air, les chercheurs ont utilisé des cartes d’exposition qu’ils ont croisées avec l’adresse résidentielle de chaque volontaire en 2019. Ces cartes réalisées par l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH) ont une précision spatiale de 100 m sur 100 m. Trois polluants ont été considérés : le dioxyde d’azote (NO2), les particules fines de diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres (PM2,5) et le carbone suie (black carbon). 

En moyenne, l’exposition annuelle à la pollution de l’air des volontaires de l’étude était de :

  • 19,1 μg/m³ pour le NO2
  • 9,38 μg/m³ pour les PM2,5
  • 1,15 × 10⁻⁵/m³ pour le carbone suie.

Ces expositions annuelles sont bien au-dessus des seuils recommandés par l’Organisation mondiale pour la santé (10 μg/m³ pour NO2, 5 μg/m³ pour PM2,5, pas de seuil établi pour le carbone suie) et proche des seuils prévus à partir de 2030 par la nouvelle directive européenne de la qualité de l’air (20 μg/m³ pour NO2, 10 μg/m³ pour PM2,5, pas de seuil établi pour le carbone suie).

Plus de pollution, plus de détresse psychologique 

Toutes ces données ont été obtenues pour plus de 104 000 volontaires de Constances. C’est la première étude au niveau mondial intégrant un si grand nombre de participants.

L’exposition des volontaires à chaque polluant était associée à une augmentation de risque de détresse psychologique, et ce après prise en compte des facteurs comme le sexe, l’âge, la consommation de tabac et le niveau d’éducation.

Plus précisément, le score de détresse psychologique augmentait de :

  • + 8,2 % pour une augmentation de 11,5 μg/m³ de NO2
  • + 5,2 % pour une augmentation de 2,6 μg/m³ de PM2,5
  • + 7,8 % pour une augmentation de 0,5 × 10⁻⁵/m³ de carbone suie

Autrement dit, les personnes exposées aux niveaux de pollution les plus élevés avaient davantage de symptômes de mal-être ou de stress psychologique que celles moins exposées. À noter que l’effet de la pollution était plus marqué chez les hommes, les personnes âgées, les personnes moins diplômées et lorsque les participants avaient répondu au questionnaire durant les périodes chaudes de l’année (en été typiquement).

Ces pourcentages peuvent paraître faibles. Au niveau individuel, ils le sont, mais au niveau d’une population, l’impact est potentiellement important car nous sommes toutes et tous exposés.

Bénédicte Jacquemin

L’équipe a aussi montré que le carbone suie avait un rôle délétère indépendant des PM2,5. C’est la première fois que ce rôle indépendant était testé sur la détresse psychologique. Les PM2,5 sont des particules provenant de multiples sources et de composition variée, qui ont des impacts différents sur la santé en fonction de leur nature. Composant de ces particules et résultant de combustions incomplètes, le carbone suie est émis notamment par les moteurs des camions et voitures thermiques, ainsi que par le chauffage au bois.

Le carbone suie n’est pas encore un polluant réglementé, mais l’OMS le souligne comme d’intérêt particulier au vu des résultats épidémiologiques montrant son effet sanitaire indépendant des PM2,5. Un effet confirmé par la présente étude.

Références bibliographiques

Zeinab Bitar, Baptiste Pignon, Cédric Lemogne, Kees de Hoogh, Marcel Goldberg, Franck Schürhoff, Danielle Vienneau, Mohammad Javad Zare Sakhvidi, Marie Zins, Emeline Lequy, Emilie Burte & Bénédicte Jacquemin. Long-term air pollution exposure and mental health in French adults of the CONSTANCES cohort: Role of black carbon independently of PM2.5. Environmental Research. 2026. DOI: 10.1016/j.envres.2026.123673

Marine Savouré, Émeline Lequy, Jean Bousquet, Marcel Goldberg, Kees de Hoogh, Danielle Vienneau, Céline Ribet, Marie Zins, Rachel Nadif & Bénédicte Jacquemin. PM2.5, Black Carbon and NO2 associations with rhinitis and asthma multimorbidity in adults: The Constances Cohort. The Journal of Allergy and Clinical Immunology. 2026. DOI: 10.1016/j.jaip.2025.12.031

Mohammad Javad Zare Sakhvidi, Antoine Lafontaine, Emeline Lequy, Claudine Berr, Kees de Hoogh, Danielle Vienneau, Marcel Goldberg, Marie Zins, Cédric Lemogne & Bénédicte Jacquemin. Ambient air pollution exposure and depressive symptoms: Findings from the French CONSTANCES cohort. Environment International. 2022. DOI: 10.1016/j.envint.2022.107622

Cancer du sein et santé mentale : l’influence du retour à l’emploi

Le retour à un emploi stable et durable après le diagnostic d’un cancer du sein réduit le risque de dépression à moyen et long terme. Ces résultats sont publiés dans Supportive Care in Cancer en novembre 2025.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme, avec plus de 60 000 nouveaux cas chaque année en France. Une prise en charge précoce permise par le dépistage associé aux nouveaux traitements permet d’en guérir 9 cas sur 10 aujourd’hui.

Pour suivre leur traitement, la majorité des femmes diagnostiquées d’un cancer du sein doivent interrompre leur activité professionnelle. Leur retour à l’emploi peut prendre des formes variées. Ces différentes trajectoires de retour à l’emploi influencent-elles leur santé mentale ? Une équipe emmenée par Mélanie Bertin, enseignante-chercheuse à l’EHESP de Rennes et au laboratoire Arènes, s’est penchée sur ces questions à partir des données de Constances.

1re étape : identifier les volontaires atteintes d’un cancer du sein

Pour identifier les femmes de la cohorte ayant eu un diagnostic de cancer du sein entre 2009 (soit avant leur inclusion) et 2019, les scientifiques se sont appuyés sur les informations présentes dans les bases de données du Système national des données de santé (SNDS). Un algorithme intégrant le diagnostic de cancer du sein, les traitements reçus et la reconnaissance d’une affection longue durée (ALD), a permis d’identifier plus de 2000 femmes atteintes de de cancer sur cette période.

2e étape : définir les trajectoires de retour à l’emploi

A l’aide de données issues de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), l’équipe a ensuite déterminé les trajectoires de retour à l’emploi des femmes sur une période s’étendant jusqu’à 5 ans après le diagnostic de cancer du sein. 

 

Nous avons mis en évidence 3 grands profils de trajectoires professionnelles : un groupe de femmes reprenant un emploi de façon durable et continue après le diagnostic (possiblement avec une reprise à mi-temps thérapeutique), un groupe alternant des périodes de chômage, d’emploi et/ou des transitions professionnelles et, enfin, un troisième groupe en situation d’invalidité

Mélanie Bertin

3e étape : calculer un score de symptômes dépressifs

Pour déterminer la santé mentale de ces femmes, l’équipe a utilisé leurs réponses à une échelle d’auto-évaluation, appelée « Centre for Epidemiologic Studies Depression Scale », présente dans le questionnaire « Mode de vie et santé » renseigné à l’inclusion dans les Centres d’examens de santé. Cette échelle comportait 20 questions telles que : « Jai eu des crises de larmes », « J’ai eu du mal à me concentrer sur ce que je faisais »…

Plus de 22 % des femmes diagnostiquées avec un cancer du sein et ayant rempli le questionnaire entre 0 et 5 ans après le diagnostic présentaient un risque élevé de dépression. Ce pourcentage était de 20 % pour les femmes ayant rempli le questionnaire entre 6 et 10 ans après le diagnostic.

Association entre symptômes dépressifs et trajectoires de retour à l’emploi

Comparativement aux femmes ayant eu un retour durable et continu à l’emploi, les femmes en situation d’invalidité présentaient un risque plus élevé de dépression à moyen terme (entre 0 et 5 ans après leur diagnostic de cancer) et à long terme (entre 6 et 10 ans après leur diagnostic de cancer).

 « Concernant le groupe de femmes alternant des périodes de chômage et de transitions professionnelles après leur diagnostic de cancer, ce groupe est composé d’un mélange très divers de réalités professionnelles » explique Mélanie Bertin qui poursuit actuellement ses travaux sur les données Constances, en se focalisant sur les parcours de soins et les trajectoires de retour au travail après un cancer du sein, en lien avec les inégalités sociales.

Références bibliographiques 

Clémence Rapicault, Bertrand Porro, Julie Gourmelen, Céline Ribet, Anne-Lise Rolland, Yves Roquelaure et Mélanie Bertin. Association between return-to-work trajectories and depressive symptoms in long-term breast cancer survivors: results from the French CONSTANCES cohort. Supportive Care in Cancer. 2025. DOI: 10.1007/s00520-025-10146-z

Anne-Lise RollandBertrand PorroSofiane KabCéline RibetYves Roquelaure et Mélanie Bertin. Impact of breast cancer care pathways and related symptoms on the return-to-work process: results from a population-based French cohort study (CONSTANCES). Breast Cancer Research. 2023. DOI: 10.1186/s13058-023-01623-6

Asthme et moisissures : des associations même pour de petites surfaces de moisi

L’exposition aux moisissures est associée à l’asthme chez les volontaires de Constances et ce, même pour de petites taches de moisi dans le logement. Publiés en novembre 2025 dans Environmental Research, ces résultats encouragent la promotion de mesures préventives vis-à-vis de la contamination fongique : ventilation du logement, aération quotidienne même en hiver…

L’asthme est une maladie respiratoire fréquente qui touche plus de 4 millions de personnes en France dont environ 10 % des adultes. Elle peut considérablement altérer la qualité de vie, entraîner des insomnies, une baisse d’activité et un absentéisme à l’école ou au travail.

S’il est établi que le développement et l’aggravation de l’asthme sont favorisés chez les enfants par la présence de moisissures dans les logements, ces effets délétères sont peu documentés chez les adultes. La richesse des données de la cohorte Constances a permis d’apporter des réponses notamment grâce au questionnaire de suivi 2019.

Un peu ou beaucoup de surfaces atteintes chez les volontaires ?

Le questionnaire de 2019 comportait des questions sur les surfaces contaminées par des moisissures dans les logements. Plus de 110 000 volontaires y ont répondu. Publiées en 2023, les analyses descriptives réalisées par l’équipe d’épidémiologie respiratoire intégrative du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP) de Villejuif, ont montré que : 

  • 22 % des volontaires de la cohorte avaient des moisissures visibles dans leur logement. Cette fréquence est concordante avec celles des pays européens (autour de 25 %) et avec la dernière estimation en France datant de 2013 (entre 14 et 20 %).
  • Les moisissures visibles étaient principalement localisées dans la salle de bain (chez 17 % des répondants). Cette fréquence était 2,5 fois supérieure à celle rapportée dans la chambre, la cuisine ou le salon (autour de 3,5 %).
  • 2 % des volontaires ont indiqué une odeur de moisi dans leur logement.
  • 0,3 % des répondants ont déclaré une surface moisie supérieure à 3 m².

« Nous avons aussi déterminé que l’existence de moisissures était associée à 4 déterminants du logement (avoir eu un dégât des eaux, avoir un logement difficile ou trop coûteux à chauffer, l’absence de système de ventilation, des taches d’humidité) et à 2 déterminants liés au comportement des répondants (ne pas aérer/ouvrir les fenêtres en hiver, avoir une fréquence de ménage inférieure à 1 jour par semaine) » indique Rachel Nadif, chercheuse Inserm au CESP qui a codirigé l’étude.

Croisement avec la santé respiratoire

L’équipe a ensuite croisé les données « moisissures dans le logement » avec les réponses du questionnaire « bilan de santé » complété par 28 596 volontaires lors de leur visite dans leur Centre d’examens de santé entre 2019 et 2022. Publiées dans Environmental Research en novembre 2025, les résultats montrent que même une petite surface de moisissures était associée à un risque accru d’asthme actuel (c’est-à-dire dans les 12 mois précédant le bilan de santé) ainsi qu’à un score de symptômes d’asthme plus élevé, comparativement aux logements sans moisissures. Ces associations ne différaient pas selon le type de logement (maison ou appartement) ou le sexe des répondants.

« Aucune étude ne s’était penchée jusqu’à présent sur des associations entre surface de moisissures et scores de symptômes d’asthme chez les adultes. C’était donc une première. Nous nous attentions à une association, mais pas forcément pour les surfaces les plus petites » indique Laurent Orsi, épidémiologiste-biostatisticien Inserm au CESP, qui a codirigé l’étude. Et d’ajouter : « La population de Constances est tellement grande que nous avons pu ajuster et tester énormément de facteurs. Tout était concordant ».

 

Ces résultats soulignent l’importance de la promotion des mesures préventives vis-à-vis de la contamination fongique : aération quotidienne (même en hiver), installation d’une ventilation, ménage hebdomadaire… Car si lasthme est une maladie multifactorielle, lexposition aux moisissures reste un facteur de risque évitable.

« En terme de santé publique, en terme d’inégalités sociales, ces résultats ont une répercussion car 22 % des volontaires ont déclaré des moisissures dans leur logement. Il est essentiel que les cliniciens demandent s’il y a des moisissures dans le logement lorsque leur patient est asthmatique » conclut Rachel Nadif.

Références bibliographiques : 

Tajidine Tsiavia, Emilie Fréalle, Valérie Bex, Orianne Dumas, Marcel Goldberg, Nicole Le Moual, Celine Ribet, Nicolas Roche, Marine Savouré, Raphaëlle Varraso, Marie Zins, Bénédicte Leynaert, Rachel Nadif, Laurent Orsi. Mouldy area size and asthma symptom score and control in adults: the CONSTANCES cohort. Environmental Research. 2025. DOI: 10.1016/j.envres.2025.122254

Tajidine Tsiavia, Emilie Fréalle, Valérie Bex, Orianne Dumas, Marcel Goldberg, Nicole Le Moual, Celine Ribet, Nicolas Roche, Marine Savouré, Marie Zins, Bénédicte Leynaert, Laurent Orsi, Rachel Nadif. Determinants of mouldy area size in dwellings from the French CONSTANCES population-based cohort. Building and Environment. 2023. DOI:10.1016/j.buildenv.2023.110606

Thèse de Tajidine Tsiavia. Phénotypes inflammatoires de l’asthme : caractérisation, évolution et association avec l’exposition aux moisissures de l’air intérieur dans la cohorte Constances. 2023.

Volontaires et chercheurs : face-à-face inédit à Lyon

Samedi 11 octobre 2025 s’est tenue la première rencontre en région entre les responsables, des chercheurs et des volontaires de la cohorte à la Faculté de médecine de Lyon. Cet événement organisé par l’Association des volontaires de Constances a suscité de nombreux échanges et intérêts des 200 volontaires et journalistes présents.

Dans le Rhône, 13 348 volontaires habitant 96 % des communes du département participent à Constances. Près de 200 d’entre eux avaient fait le déplacement jusqu’à la Faculté de médecine de l’Université de Lyon-1, le samedi 11 octobre 2025, afin de connaître l’avancement de la cohorte et les projets menés sur leurs données.

Comme l’a relaté Le Courrier de Lyon, « c’est une rencontre qui a atteint ses objectifs au-delà des espérances des organisateurs (…). Il n’y avait plus une place disponible. Et l’auditoire a été extrêmement attentif. Bien sûr les questions ont fusé de la part du public. Les participants ont profité de la présence des chercheurs pour pouvoir échanger directement avec eux et poser toutes leurs questions. »

L'amphithéâtre du bâtiment Jean-François Cier (Faculté de médecine, Université Lyon-1) rempli de volontaires de Constances.

Interviewée par Le Progrès, Jocelyne était l’une des volontaires présentes. « Assistante sociale au départ, puis responsable de l’hébergement d’urgence pour l’État à un niveau régional, je sais combien il est intéressant de travailler sur le temps long pour comprendre l’évolution des parcours. Aujourd’hui, je me sens tenue de continuer de participer à la cohorte par rapport au sérieux de la démarche, surtout à l’aune de toutes les études scientifiques qui en découlent. »

Dans l’amphithéâtre se trouvait aussi Marc, 69 ans, accompagné de ses deux filles de 45 et 47 ans, aussi volontaires de la cohorte. « Cette rencontre nous a permis de faire la connaissance de la « grande patronne » de Constances (NDLR : Marie Zins, directrice de la cohorte). Sa présentation était super. J’étais content d’apprendre que vous travaillez en coordination avec de grandes cohortes internationales. »

Et d’ajouter : « vous savez notre famille doit beaucoup à l’équipe du Centre d’examens de santé de la CPAM de Lyon qui a détecté en juillet dernier, lors de mon 3e bilan de santé Constances, un problème cardiaque sur l’électrocardiogramme. Huit jours après, j’étais hospitalisé pour 5 angioplasties coronaires. »

Isabelle Deltour, chercheuse au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de Lyon, a présenté une étude internationale sur les liens entre téléphonie mobile et cancers
Milena Foerster, chercheuse au CIRC de Lyon, est experte de l'étude des risques sanitaires liés aux tatouages
Emeline Lequy, chercheuse Inserm, a présenté des associations entre exposition à des métaux atmosphériques et des fonctions cognitives des volontaires de la métropole de Lyon

La rencontre était organisée par l’Association des volontaires de Constances en partenariat avec l’équipe de Constances.  « Faire se rencontrer les volontaires et les chercheurs, c’est l’une de nos missions. Cet événement confirme tout le bien fondé de l’association et l’engagement des volontaires dans la cohorte. Nous envisageons, bien évidemment, de renouveler l’expérience dans d’autres régions dans les prochaines années » indique Frédérique Anne, présidente de l’Association Constances.

Articles dans la presse locale :

Ces volontaires de la cohorte Constances qui aident à l’avancée de la science. Le Progrès (12/10/2025)

Gros succès pour la rencontre de l’association « Constances ». Le Courrier de Lyon (12/10/2025)

Présentations :

Les diaporamas (en pdf) sont disponibles sur le site de l’Association des volontaires de Constances

Tatouages : qui sont les tatoués de Constances ?

Un article publié dans International Journal of Epidemiology présente les profils des 13 000 volontaires tatoués de la cohorte Constances, ainsi que les caractéristiques de leurs tatouages. Une étape indispensable avant l’étude de risques potentiels de cancers.

Depuis les années 90, les tatouages sont à la mode. Si bien que d’années en années, le nombre de personnes tatouées en France ne cesse de grimper. Avec quels risques sanitaires potentiels à moyen et long terme ? Se tatouer implique l’injection d’encres dans le derme. Or, certaines molécules contenues dans ces encres sont classifiées comme cancérigènes en cas d’exposition orale (via l’alimentation) ou respiratoire. Est-ce aussi le cas lorsque ces substances sont injectées dans la peau ?

« Pour les cancers de la peau, il ne semble pas y avoir d’augmentation conséquente de risques comme l’ont montré 4 études, dont 3 études cas-témoins menées aux États-Unis et en Suède et une cohorte retrospective au Danemark. C’est cohérent avec le fait que les cancers de la peau concernent la couche épidermique alors que les encres sont injectées dans le derme. Concernant les cancers lymphatiques, une étude en Suède publiée en 2024 montre une augmentation du risque d’environ 20 % pour les personnes tatouées. C’est actuellement la seule étude sur le sujet » indique Milena Foerster, chercheuse au Centre international de recherche sur le cancer de Lyon, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les cancers lymphatiques (lymphomes) questionnent particulièrement les scientifiques car près de 70 % des molécules injectées dans le derme (parfois des métaux, des hydrocarbures aromatiques polycycliques…) sont transportées dans les ganglions lymphatiques – le lieu de prolifération et de différenciation des cellules immunitaires – où elles s’accumulent. Soumis en 2021 au Conseil scientifique international de Constances, le projet CRABAT a pour objectif d’évaluer les risques de survenue de tels cancers, mais aussi de cancers du foie, des reins ou de la vessie, parmi les volontaires de la cohorte. Ce projet repose en premier lieu sur le questionnaire de suivi de 2020 qui comportait une question sur la présence d’un tatouage.

Transport d'encres jusqu'à un ganglion lymphatique. Crédits : Figure d'Ines Schreiver et al. publié dans Scientific report, 2017, traduite en français. License : CC BY 4.0.

Plus de 13 000 volontaires tatoués 

Parmi les 115 000 répondants au questionnaire de 2020, près de 12 % ont déclaré un tatouage (13 276 volontaires exactement). Cette prévalence « brute » est moindre qu’en population française, avec un pourcentage d’adultes tatoués de 18 % en 2018 (Kluger et al. 2019). « C’est essentiellement lié à la structure d’âge de la cohorte avec notamment une plus grande proportion de personnes âgées de plus de 45 ans qu’en population générale. Pour comparer ces prévalences, il faudrait pondérer le pourcentage issu des réponses des volontaires de Constances afin d’ajuster l’influence des différentes strates d’âges, ce que nous n’avons pas fait car l’objectif était de décrire la population d’étude » explique la chercheuse.

1 femme de moins de 35 ans sur 3 est tatouée

L’analyse des répondants de Constances par tranches d’âge montre un fort effet générationnel : le pourcentage de personnes tatouées diminue avec l’âge, notamment pour les femmes.

  • Sur la tranche d’âge 18-35 ans, 31 % des femmes et 14 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge 36-45 ans, 22 % des femmes et 13 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge 46-55 ans, 15 % des femmes et 12 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge 56-65 ans, 9 % des femmes et 7 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge supérieure à 65 ans, 3 % des femmes et 2 % des hommes déclarent être tatoués.

Des surfaces tatouées de + en + grandes 

En 2023, un questionnaire complémentaire a été envoyé aux 13 276 volontaires tatoués de Constances, avec un taux de réponse de 60 %. Ce questionnaire nommé EpiTAT comprenait des questions sur la surface corporelle tatouée, la couleur et l’emplacement des tatouages, l’âge depuis le premier tatouage…

La surface médiane des tatouages est d’une paume de main, soit environ 152 cm2

Ces surfaces du corps tatouées augmentent de manière importante chez les jeunes générations –notamment pour les hommes, avec :

  • une surface moyenne de 623 cm2 pour les hommes de moins de 35 ans contre 278 cm2 pour les hommes de plus de 65 ans, soit une augmentation de 124 % des surfaces tatouées,
  • une surface moyenne 394 cm2 pour les femmes de moins de 35 ans contre 243 cm2 pour les femmes de plus de 65 ans, soit une augmentation de 62 % des surfaces tatouées.

La couleur la plus souvent utilisée est le noir/gris pour 90 % des répondants. Quant à leur localisation, les épaules et les bras sont les plus zones les plus souvent tatouées (77 % des hommes et 61 % des femmes).

Autres informations : la majorité des participants ont plusieurs petits tatouages, tandis qu’un cinquième ont surtout ou uniquement de grands tatouages. Enfin, près de 20% des répondants ont indiqué avoir réalisé au moins un tatouage hors d’un studio professionnel et 15 % dans un pays hors de France.

Milena Foerster et son équipe sont désormais en train d’analyser les risques potentiels de survenue de cancers associés aux tatouages. Des analyses qui seront renouvelées en 2027, puis tous les 5 ans, pour intégrer les nouveaux cancers (notamment les lymphomes) survenus chez les participants de Constances.

Références bibliographiques :

Bayan Hosseini, Rachel McCarty, Marie Zins, Marcel Goldberg, Céline Ribet, Ines Schreiver, Khaled Ezzedine, Joachim Schüz, Milena Foerster. Cohort Profile: The Cancer Risk Attributable to the Body Art of Tattooing (CRABAT) study. International Journal of Epidemiology. 2025. DOI: 10.1093/ije/dyaf132

Milena Foerster, Lucas Dufour, Wolfgang Bäumler,Ines Schreiver, Marcel Goldberg, Marie Zins, Khaled Ezzedine, Joachim Schüz. Development and Validation of the Epidemiological Tattoo Assessment Tool to Assess Ink Exposure and Related Factors in Tattooed Populations for Medical Research: Cross-sectional Validation Study. JMIR Form Res. 2023. DOI: 10.2196/42158

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