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En France, un adulte sur 4 vit avec une forme de surdité

Modifié le 07/05/2022

Quel est le pourcentage de la population française avec des problèmes d’audition ? Grâce à Constances, on le sait enfin ! En France, 25 % des adultes sont touchés par une forme de déficience auditive et la surdité invalidante concerne 4 % des adultes, mais plus de 20 % des hommes de plus de 70 ans. Seules 37 % des personnes avec une surdité invalidante portaient un appareil auditif entre 2012 et 2019. Publiés le 17 juin 2022, ces résultats ont été abondamment repris dans les médias.

À leur inclusion dans la cohorte, les volontaires de Constances réalisent un bilan de santé très complet dans un centre d’examens de santé, comprenant des tests auditifs. En collaboration avec l’AP-HP et l’hôpital Foch à Suresnes, une équipe de recherche de l’Inserm et d’Université Paris Cité a analysé les tests auditifs réalisés par 186 460 volontaires inclus dans la cohorte entre janvier 2012 et décembre 2019. Ils ont croisé ces résultats aux questionnaires concernant leurs caractéristiques démographiques et socio-économiques, leur historique médical et leurs modes de vie.

    « C’est la 1ère étude en France sur un échantillon aussi large et représentatif de la population » indique Jean-Philippe Empana, directeur de recherche Inserm à Paris Cardiovascular Research Center (Inserm/Université Paris Cité) qui a coordonné l’étude.

 

Un fort effet de l’âge

25 % des volontaires de Constances présentaient une déficience auditive, c’est-à-dire une perte auditive d’au moins 20 décibels (dB) dans la meilleure oreille. Un fort effet de l’âge existe comme le montre la figure ci-dessus. Cet effet de l’âge a été retrouvé sur la surdité invalidante, définie comme une perte auditive d’au moins 35 décibels dans la meilleure oreille. Ainsi, si la surdité invalidante n’est que de 6 % chez les 55-60 ans, elle croît très vite avec l’âge pour atteindre 23 % des volontaires âgés de plus de 70 ans. Ce pourcentage est très dépendant du sexe, les hommes étant beaucoup plus touchés. Ainsi, près de 30 % des hommes de plus de 70 ans vivent avec une surdité invalidante contre 18 % des femmes.

« Nous avons aussi trouvé que les personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) élevé, la présence d’un diabète, des facteurs de risque cardiovasculaires, des antécédents de dépression ou le fait d’avoir été exposé à des nuisances sonores au travail présentaient les probabilités les plus élevées de souffrir d’une déficience auditive. À l’inverse, le fait d’avoir un revenu ou un niveau d’éducation plus élevé était associé à des probabilités plus faibles de déficience auditive » indique Quentin Lisan, ORL à l’hôpital Foch et chercheur au PARCC, qui a réalisé les analyses.

Des appareils auditifs largement sous-utilisés

Les données Constances ont aussi permis de regarder le pourcentage de volontaires avec une surdité invalidante portant des appareils auditifs. Ces appareils apparaissent largement sous-utilisés : seul un sénior sur 3 porte un appareil auditif. « Il y a vraiment un champ d’amélioration à réaliser. Il faut inciter les gens qui ont une surdité invalidante à porter des appareils auditifs. C’est d’autant plus important que depuis 2021 ces appareils sont remboursés par l’assurance maladie. C’est important pour la qualité de vie de la personne, c’est aussi important au niveau cognitif. Cette perte d’audition contribue à un isolement social, cela diminue la cognition car on a moins d’interaction avec les autres. C’est un élément majeur dans ce qu’on appelle le déclin cognitif » explique Jean-Philippe Empana.

    Au moment où cette étude a été lancée, les appareils auditifs n’étaient pas remboursés (sur la base de 400 euros par appareil). Le suivi dans le temps des volontaires Constances va permettre d’évaluer l’efficacité de ce dispositif.

 

Référence bibliographique :
Prevalence of Hearing Loss and Hearing Aid Use Among Adults in France in the CONSTANCES Study, Quentin Lisan, Marcel Goldberg, Ghizlene Lahlou, Anna Ozguler, Sylvie Lemonnier, Xavier Jouven, Marie Zins, Jean-Philippe Empana, JAMA Network Open, juin 2022.