La détresse psychologique augmente avec la pollution de l’air
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Basée sur plus de 100 000 volontaires de la cohorte, une étude montre que les polluants de l’air extérieur sont associés à une santé mentale dégradée et que le carbone suie a un rôle indépendant des particules fines, dont il est l’une des composantes. Ces résultats sont publiés dans Environmental Research. En parallèle, des travaux sortis dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology confortent les impacts de la pollution de l’air sur la santé respiratoire : rhinite, asthme et le couple asthme-rhinite.
Depuis une vingtaine d’années, de plus en plus d’études épidémiologiques objectivent le rôle des polluants de l’air extérieur sur la santé mentale. C’est le cas de travaux reposant sur les données de Constances et menés par l’équipe de Bénédicte Jacquemin, de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET) de Rennes.
Publiée en 2022, une première étude avait mis en évidence que les participants les plus exposés à la pollution de l’air présentaient davantage de symptômes dépressifs. De nouveaux travaux établissent que les volontaires les plus exposés ont une santé mentale dégradée, retrouvant ainsi globalement des résultats d’études menées aux États-Unis, en Belgique et au Royaume-Uni.
Croiser score de santé mentale et cartes d’exposition à la pollution de l’air
Plus précisément, les chercheurs ont analysé les réponses des volontaires de Constances aux 12 questions de la version française d’un auto-questionnaire international appelé GHQ-12 (avec GHQ pour General Health Questionary) présent dans le questionnaire de suivi annuel 2019. Ces 12 questions portaient sur la présence de stress, de fatigue mentale, d’anxiété, de baisse de moral ou de perte d’intérêt.
« Ce questionnaire ne pose pas un diagnostic, mais permet d’obtenir un reflet du bien-être psychologique global à l’aide d’un score et de déterminer la présence d’une détresse psychologique » indique Bénédicte Jacquemin.
Quant à l’exposition aux polluants de l’air, les chercheurs ont utilisé des cartes d’exposition qu’ils ont croisées avec l’adresse résidentielle de chaque volontaire en 2019. Ces cartes réalisées par l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH) ont une précision spatiale de 100 m sur 100 m. Trois polluants ont été considérés : le dioxyde d’azote (NO2), les particules fines de diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres (PM2,5) et le carbone suie (black carbon).
En moyenne, l’exposition annuelle à la pollution de l’air des volontaires de l’étude était de :
- 19,1 μg/m³ pour le NO2
- 9,38 μg/m³ pour les PM2,5
- 1,15 × 10⁻⁵/m³ pour le carbone suie.
Ces expositions annuelles sont bien au-dessus des seuils recommandés par l’Organisation mondiale pour la santé (10 μg/m³ pour NO2, 5 μg/m³ pour PM2,5, pas de seuil établi pour le carbone suie) et proche des seuils prévus à partir de 2030 par la nouvelle directive européenne de la qualité de l’air (20 μg/m³ pour NO2, 10 μg/m³ pour PM2,5, pas de seuil établi pour le carbone suie).
Plus de pollution, plus de détresse psychologique
Toutes ces données ont été obtenues pour plus de 104 000 volontaires de Constances. C’est la première étude au niveau mondial intégrant un si grand nombre de participants.
L’exposition des volontaires à chaque polluant était associée à une augmentation de risque de détresse psychologique, et ce après prise en compte des facteurs comme le sexe, l’âge, la consommation de tabac et le niveau d’éducation.
Plus précisément, le score de détresse psychologique augmentait de :
- + 8,2 % pour une augmentation de 11,5 μg/m³ de NO2
- + 5,2 % pour une augmentation de 2,6 μg/m³ de PM2,5
- + 7,8 % pour une augmentation de 0,5 × 10⁻⁵/m³ de carbone suie
Autrement dit, les personnes exposées aux niveaux de pollution les plus élevés avaient davantage de symptômes de mal-être ou de stress psychologique que celles moins exposées. À noter que l’effet de la pollution était plus marqué chez les hommes, les personnes âgées, les personnes moins diplômées et lorsque les participants avaient répondu au questionnaire durant les périodes chaudes de l’année (en été typiquement).
Ces pourcentages peuvent paraître faibles. Au niveau individuel, ils le sont, mais au niveau d’une population, l’impact est potentiellement important car nous sommes toutes et tous exposés.
L’équipe a aussi montré que le carbone suie avait un rôle délétère indépendant des PM2,5. C’est la première fois que ce rôle indépendant était testé sur la détresse psychologique. Les PM2,5 sont des particules provenant de multiples sources et de composition variée, qui ont des impacts différents sur la santé en fonction de leur nature. Composant de ces particules et résultant de combustions incomplètes, le carbone suie est émis notamment par les moteurs des camions et voitures thermiques, ainsi que par le chauffage au bois.
Le carbone suie n’est pas encore un polluant réglementé, mais l’OMS le souligne comme d’intérêt particulier au vu des résultats épidémiologiques montrant son effet sanitaire indépendant des PM2,5. Un effet confirmé par la présente étude.
Le couple asthme-rhinite et la pollution de l’air
Publiée en janvier 2026, une autre étude co-menée par l’équipe de Bénédicte Jacquemin s’est intéressée aux impacts la pollution de l’air sur les volontaires porteurs de 2 maladies respiratoires concomitantes : asthme et rhinite. « Nous avions déjà montré que la pollution de l’air ambiant était associée à l’asthme et à la rhinite parmi les volontaires de Constances, mais nous n’avions pas étudié son association avec l’asthme et la rhinite ensemble. Or, avoir de la rhinite seule ou combinée avec l’asthme pourrait correspondre à deux maladies différentes ».
En se basant sur les données de 180 000 volontaires, les scientifiques ont trouvé des effets négatifs des polluants de l’air (PM2,5, NO2 et carbone suie) sur l’asthme, la rhinite mais aussi sur le couple asthme-rhinite. « Ce qui nous a surpris, c’est que l'association était la plus forte pour la rhinite, et non pas pour le phénotype asthme-rhinite. Peut-être est-ce en lien avec le fait que les personnes asthmatiques se protègent davantage de la pollution de l’air ambiant ? » se questionne la chercheuse.
Par exemple, une augmentation de la concentration de 13,7 µg.m-3 de dioxyde d'azote était associée à une augmentation de 16 % de risque de rhinite seule, contre 6 % pour l’asthme seul et 7 % pour le couple asthme-rhinite.
Références bibliographiques
Zeinab Bitar, Baptiste Pignon, Cédric Lemogne, Kees de Hoogh, Marcel Goldberg, Franck Schürhoff, Danielle Vienneau, Mohammad Javad Zare Sakhvidi, Marie Zins, Emeline Lequy, Emilie Burte & Bénédicte Jacquemin. Long-term air pollution exposure and mental health in French adults of the CONSTANCES cohort: Role of black carbon independently of PM2.5. Environmental Research. 2026. DOI: 10.1016/j.envres.2026.123673
Marine Savouré, Émeline Lequy, Jean Bousquet, Marcel Goldberg, Kees de Hoogh, Danielle Vienneau, Céline Ribet, Marie Zins, Rachel Nadif & Bénédicte Jacquemin. PM2.5, Black Carbon and NO2 associations with rhinitis and asthma multimorbidity in adults: The Constances Cohort. The Journal of Allergy and Clinical Immunology. 2026. DOI: 10.1016/j.jaip.2025.12.031
Mohammad Javad Zare Sakhvidi, Antoine Lafontaine, Emeline Lequy, Claudine Berr, Kees de Hoogh, Danielle Vienneau, Marcel Goldberg, Marie Zins, Cédric Lemogne & Bénédicte Jacquemin. Ambient air pollution exposure and depressive symptoms: Findings from the French CONSTANCES cohort. Environment International. 2022. DOI: 10.1016/j.envint.2022.107622