Impact des expositions professionnelles sur la santé (physique et psychique) et le statut d’emploi

Caractéristiques

Responsable scientifique Y. Roquelaure
Organisme de rattachement Inserm & Université d’Angers
Laboratoire / Lieu Institut de recherche en santé, environnement et travail, Angers
Année de dépôt 2023
Type de projet Données uniquement

Contexte

L’usure professionnelle est un phénomène complexe qui peut toucher les individus dans de nombreux      domaines professionnels et peut entraîner des conséquences négatives sur leur santé physique et/ou psychique et leur performance au travail. Ce phénomène, étudié dès le début des recherches  épidémiologiques au 19ème siècle, était alors connu sous la dénomination de « usure au travail. Il  s’inscrit dans une longue histoire des sciences du travail montrant qu’il existe une conscience ouvrière « des métiers qui font vieillir plus vite que d’autres et même mourir plus vite que d’autres ». Dans la plupart des disciplines des sciences humaines sociales, la notion d’usure professionnelle ne présente pas de statut conceptuel. Elle peut cependant se définir comme un processus d’altération de la santé ou des capacités fonctionnelles provoqué ou accentué par l’exposition, tout au long de la carrière, à des contraintes professionnelles ou, pour d’autres, comme un vieillissement prématuré des travailleurs. En effet, la notion de prématurité vient qualifier le vieillissement causé par l’usure professionnelle, qui en accélérerait les effets. L’usure se manifeste pour le travailleur par une détérioration de la santé et des capacités fonctionnelles réalisant un « syndrome » d’usure complexe. Celui-ci associe dans des proportions variées selon les caractéristiques personnelles des travailleurs et les histoires professionnelles des symptômes d’ordre physique, psychique et cognitif. Cette usure peut entrainer à terme une inaptitude médicale, des problèmes d’employabilité ou une perte en termes d’années de vie en bonne santé.

Selon le concept d’exposome, l’usure professionnelle peut être causée par différents types de facteurs de risques professionnels tout au long de la carrière professionnelle, parmi lesquels on retrouve les facteurs physiques, psychosociaux, organisationnels, chimiques et biologiques.

Dans un contexte d’allongement des carrières, de vieillissement de la population et d’intensification du travail, la prévention de l’usure professionnelle est un enjeu majeur dans le monde du travail actuel. En France, un fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU) a été créé en 2023 par la loi 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale. Placé auprès de la commission des accidents du travail et des maladies professionnelles (CAT-MP), ce fond a pour mission de financer des actions de prévention, de formation et de reconversion au bénéfice des salariés exposés aux facteurs de risque dit « ergonomiques » : port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques. Elle est également l’une des préoccupations principales du PST4 2021-2025 (plan national français en santé travail).

Cependant, l’étude de l’usure professionnelle reste actuellement délicate sur le plan épidémiologique du fait de l’absence d’indicateurs composites d’état et d’effets prenant respectivement en compte toutes les dimensions (physiques, psychiques et cognitives) et les multiples impacts (capacité fonctionnelle, état de santé, emploi, …). L’absence de ces indicateurs épidémiologiques ne permettent pas le suivi épidémiologique et l’évaluation des mesures de prévention ad hoc. C’est pourquoi il est nécessaire d’améliorer la caractérisation de l’usure professionnelle et de mieux documenter les expositions professionnelles y contribuant.

Objectifs

Dans ce contexte, ce projet aura pour objectifs, à partir des données de la cohorte CONSTANCES :

  • D’élaborer une typologie de syndrome d’usure professionnelle par approche mixte
  • De développer des profils d’exposition au risque d’usure professionnelle : physiques, psychosociaux, organisationnels, selon une vision de l’exposome professionnel
  • D’étudier l’association entre la typologie d’usure et les profils d’exposition au risque d’usure professionnelle créés aux deux premières étapes de ce projet
  • D’évaluer l’impact de l’usure professionnelle dans les trajectoires professionnelles

Méthodes

Le premier objectif est d’élaborer une définition de typologie de syndrome d’usure professionnelle par approche mixte. La première étape consistera à effectuer une revue de la littérature sur le concept d’usure, qu’elle soit d’origine professionnelle. La deuxième étape consistera, à partir des résultats de la revue de la littérature, à mettre en œuvre un consensus de type Triage (Technique de recherche d’information par l’animation d’un groupe d’experts) afin d’identifier les éléments se rapportant au concept d’usure professionnelle. La troisième étape consistera à construite une typologie d’usure à partir de données épidémiologiques de la cohorte CONSTANCES. Une sélection des variables d’altération de santé physique, psychique et cognitive sera réalisée en accord avec les résultats de la méthode de consensus Triage. Une typologie d’usure professionnelle sera déterminée au moyen d’analyses factorielles et de classifications ascendantes hiérarchiques.

Le deuxième objectif est de développer des profils d’exposition au risque d’usure professionnelle (à partir des données d’exposition de la cohorte CONSTANCES et des matrices emplois-expositions JEM Constances et Matgéné). Une sélection  des variables d’exposition sera réalisée en accord avec la littérature et selon les résultats du consensus Triage. Les profils d’expositions seront déterminés au moyen d’analyses factorielles et de classifications ascendantes hiérarchiques.

Enfin, le dernier objectif est d’étudier l’association entre la typologie d’usure et les profils d’exposition au risque d’usure professionnelle créés aux deux premières étapes du projet. Dans un premier temps, la distribution des différents groupes de la typologie d’usure réalisée dans la première partie du projet, sera décrite par secteur d’activité et profession afin de documenter le phénomène. Dans un second temps, afin d’analyser les facteurs de risque d’usure professionnelle, des modèles de régression multinomiale seront mis en œuvre à partir des données de la cohorte CONSTANCES.

Perspectives

Ce travail permettra d’améliorer la caractérisation du concept d’usure professionnelle, d’identifier les leviers permettant une meilleure soutenabilité de l’emploi et d’opérationnaliser ce concept pour en permettre le suivi épidémiologique et l’analyse de ses déterminants. Les données de l’étude permettront de déterminer les secteurs d’activité les plus prévalents en termes d’exposition au syndrome d’usure professionnelle et en termes d’exposition aux facteurs de risque professionnels.

Informations réglementaires

Responsable de traitement

Démarches à venir.

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