Interactions entre dépression et maladies cardiovasculaires et caractéristiques sociodémographiques

Caractéristiques

Responsable scientifique N. Bajos
Organisme de rattachement Inserm
Laboratoire / Lieu Aubervilliers
Année de dépôt 2021
Type de projet Données uniquement

Contexte

La dépression et les maladies cardiovasculaires (MCV) sont les deux causes les plus courantes de handicap dans les pays développés. Ces deux maladies – et leur pronostic – dépendent non seulement de facteurs de risque biologiques, mais aussi des caractéristiques sociodémographiques des individus, notamment leur sexe, leur classe sociale et leur origine (lieu de naissance de l’individu et de ses parents). Examinées sous l’angle du genre, les MCV et la dépression présentent des situations intéressantes et contrastées pour étudier les inégalités en matière de santé dans une perspective intersectionnelle. D’une part, les MCV sont plus fréquentes chez les hommes, mais les femmes connaissent un taux de mortalité plus élevé que les hommes. D’autre part, le taux de diagnostic de la dépression est plus faible chez les hommes, pourtant les hommes sont plus susceptibles de se suicider. Les deux pathologies sont associées l’une à l’autre. Cependant, les mécanismes de ces associations restent à clarifier. Les différentes façons dont le sexe et la classe sociale interagissent impliquent des parcours divergents dans le système de santé, y compris le diagnostic, le traitement et le suivi de chaque pathologie. Le sexe et la classe sociale impliquent une dynamique sociale continue et en amont qui peut conduire à des processus sociobiologiques affectant les réponses biologiques, et à un diagnostic, traitement et suivi différentiels des hommes et des femmes souffrant de dépression, de MCV, ou des deux. Ce projet vise à explorer ces deux pathologies et leur association au travers du prisme pluridisciplinaire et intersectionnel, en éclairant les mécanismes qui produisent et maintiennent les inégalités de santé au cours de la vie.

Objectifs

1. Analyser la relation bidirectionnelle entre la dépression et les MCV, explorer la possibilité d’une causalité inversée.

2. Comprendre les mécanismes potentiels liant la dépression et les MCV, en tenant compte des facteurs de risque biologiques et comportementaux, tels que l’IMC, le tabagisme, l’activité physique, la consommation d’alcool, etc. Examiner si ces mécanismes varient selon le sexe.

3. Examiner les facteurs de risque socio-économiques, leurs interactions et leurs effets modérateurs potentiels dans le lien entre la dépression et les MCV.

4. Vérifier si l’incorporation biologique de l’environnement social et urbain varie selon le genre, entraînant une réponse différentielle dans les biomarqueurs inflammatoires, métaboliques et cardiovasculaires, associés aux pathologies dépressives et cardiovasculaires.

5. Examiner si la symptomatologie, les pratiques préventives, l’accès aux soins de santé, le diagnostic, le traitement et le suivi peuvent être différents pour les hommes et les femmes en fonction des caractéristiques du médecin (âge, sexe, spécialité).

Méthodes

Nous utiliserons les données Constances pour effectuer des analyses quantitatives. Constances est une étude longitudinale appropriée pour étudier ces mécanismes au cours de la vie, comprenant les variables nécessaires pour examiner l’émergence des pathologies et la cascade de santé qui en découle. À l’aide de méthodes descriptives, d’analyses de correspondances multiples et de CAH, d’analyses de séquences ou de trajectoires et de modèles linéaires, nous établirons des hypothèses causales plausibles qui seront testées à l’aide de modèles d’inférence causale (SEM, contrefactuel, entre autres). Nous examinerons les variables individuelles de base, notamment le sexe, la classe sociale, l’âge, l’origine, les facteurs socio-économiques, ainsi que les variables relatives aux comportements en matière de santé, l’accès aux soins, les résultats des soins et leur lien avec la dépression, les MCV, leur diagnostic et leur suivi. Nous estimerons également le nombre d’années de vie perdues en raison d’un traitement tardif ou inadéquat par rapport aux données d’observation de l’enquête Constances, et adopterons, comme le suggère l’OMS, une valeur monétaire conventionnelle pour chaque année perdue d’une à trois années de PIB par habitant. Ces analyses seront conceptuellement reliées à des analyses d’autres ensembles de données (Elfe, Baromètre Santé, etc.) et à des travaux ethnographiques de terrain dans le cadre du projet GENDHI.

Perspectives

Cette étude sera menée en s’appuyant sur les perspectives du parcours de vie, de genre et intersectionnelles. La perspective du parcours de vie est un cadre conceptuel qui permet d’interroger comment les inégalités sociales se construisent au cours de la vie. La perspective de genre permettra de mieux comprendre l’émergence de différences entre les sexes dans le dépistage des pathologies, les comportements de soins, ainsi que les potentiels préjugés sexistes dans les outils de diagnostic utilisés pour le dépistage médical. La théorie de l’intersectionnalité souligne que l’inégalité résulte de l’interaction de multiples dimensions de privilège et d’oppression – comme le genre, la classe sociale et l’origine – ces différentes dimensions interagissent, exerçant un impact composé qui dépasse la somme de ses effets indépendants. Pourtant, peu d’études quantitatives ont intégré les éléments théoriques et analytiques de l’intersectionnalité. Nous supposons que la relation entre le genre et les classes sociales n’influence pas de la même manière l’ensemble du parcours de vie et de soins, les effets pouvant être cumulatifs ou s’annuler. Nous distinguons deux étapes principales dans l’étude des schémas divergents de la dépression et des maladies cardiovasculaires. D’abord, la  »santé genrée incorporée » qui fait référence aux processus qui façonnent la relation à la santé, le risque d’exposition et la capacité à identifier une maladie, avant que la personne ne soit en contact avec le système de santé. Deuxièmement, la  »cascade de soins de santé genrée », qui concerne le traitement différentiel des demandes exprimées par les patients, interprétées et traitées par les professionnels de santé.

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