Pollution de l’air et dégénérescence maculaire liée à l’âge

Caractéristiques

Responsable scientifique C. Delcourt
Organisme de rattachement Inserm
Laboratoire / Lieu Bordeaux
Année de dépôt 2021
Type de projet Données uniquement

Contexte

La pollution atmosphérique représente l’exposition environnementale majeure menaçant la santé humaine. La pollution de l’air comprend un ensemble de polluants dont les particules et divers gaz, principalement issus de la combustion incomplète de matières fossiles. Malgré une tendance à l’amélioration de la qualité de l’air au cours des 20 dernières années, les valeurs seuils recommandées par l’UE ne sont toujours pas respectées dans plusieurs zones, notamment en France. Outre ses effets sur les systèmes respiratoires et cardiovasculaires, il est de plus en plus évident que l’exposition chronique à la pollution atmosphérique a des effets néfastes sur le système nerveux central (troubles neuro-développementaux chez les enfants, déclin cognitif chez les personnes âgées). Bien que les mécanismes n’aient pas encore été clairement identifiés, un important rôle du stress oxydatif et de l’inflammation a été retrouvé. La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est une maladie neurodégénérative de la rétine, couche neurosensorielle de l’œil faisant partie du système nerveux central. Elle représente la première cause de cécité chez les plus de 50 ans dans le monde. C’est une maladie multifactorielle gouvernée par des facteurs génétiques et environnementaux. Actuellement, seules deux études épidémiologiques ont évalué les associations potentielles entre l’exposition à la pollution atmosphérique et le risque de DMLA. En 2019, une étude longitudinale menée à Taïwan, combinant la base de données longitudinale de l’assurance maladie et la base de données de surveillance de la qualité de l’air, a rapporté́que les quartiles supérieurs d’exposition au NO2 et au CO étaient significativement associés à un risque deux fois plus élevé de DMLA incidente. Récemment, une deuxième étude basée sur 115 000 participants de la UK Biobank a mis en évidence un risque accru de DMLA auto-déclarée en cas d’exposition plus élevée aux particules fines (diamètre <2,5 microns – PM2,5). Ces études ont cependant des limites méthodologiques importantes. Pour la première, l’exposition à la pollution atmosphérique était particulièrement grossière : en effet la zone résidentielle des participants a été estimée à partir de la localisation des centres médicaux. La deuxième est limitée par sa conception transversale et par l’identification de la DMLA basée uniquement sur l’auto-déclaration. Par conséquent, les données concernant les associations potentielles entre l’exposition à la pollution atmosphérique et le risque de DMLA restent actuellement très limitées, bien que les deux études publiées aient mis en évidence une association significative. Des études prospectives avec une classification exhaustive et robuste de la DMLA ainsi que des mesures de qualité de l’exposition à la pollution atmosphérique sur de longues périodes sont nécessaires pour mieux évaluer ces associations.

Objectifs

Nous émettons l’hypothèse que la pollution atmosphérique à long terme peut être associée à un risque accru de DMLA. Nous étudierons les relations fonctionnelles des niveaux de pollution atmosphérique avec le risque de DMLA et tenterons de caractériser les composants spécifiques de la pollution atmosphérique (PM, black carbon, NO2, SO2, métaux atmosphériques…) les plus probablement associés au risque de DMLA.

Méthodes

Les données utilisées proviendront de 2 cohortes nationales : la cohorte GAZEL constituée de 20 625 employés EDF-GDF de 35 à 50 ans recrutés en 1989, vivant sur l’ensemble du territoire français (urbain, péri-urbain et rural) ; la cohorte d’adultes en population générale Constances, constituée de 220 000 sujets de 18 à 69 ans tirés au sort sur listes de la sécurité sociale entre 2012 et 2019. L’identification des cas de DMLA sera réalisée de 2007 à 2019, grâce aux données du Système National des Données de Santé (SNDS) (traitements, suivi ophtalmologique, affections de longue durée) et de données de questionnaire. Ces diagnostics seront validés sur un sous-échantillon par l’obtention des dossiers médicaux des participants. L’exposition à la pollution atmosphérique a été estimée à partir du géocodage des adresses résidentielles des participants. Des modèles d’extrapolation physique ont été utilisés pour établir des mesures d’exposition quasi-individuelles (modèles LUR), ainsi que des méthodes innovantes basées sur la biosurveillance des métaux dans les mousses végétales. Les estimations des concentrations annuelles entre 1989 et 2019 seront disponibles dans les 2 cohortes pour environ 40 000 participants âgés de plus de 53 ans (environ 800 cas incidents de DMLA attendus). Les associations entre l’exposition à la pollution atmosphérique et le risque de DMLA seront étudiées à l’aide d’approches mono-polluant et multi-polluants, modélisés comme des variables dépendantes du temps, en tenant compte des facteurs de confusion potentiels, d’abord dans des modèles à risque proportionnel de Cox, puis dans des modèles « illness-death », prenant en compte le risque compétitif de décès.

Perspectives

Les résultats de ce projet apporteront un éclairage unique sur le rôle potentiel de la pollution atmosphérique dans le vieillissement oculaire, et plus généralement sur le système nerveux central. En effet, il existe très peu d’information concernant le rôle potentiel de la pollution atmosphérique dans la DMLA, et notamment pour les niveaux de pollution inférieurs aux recommandations actuelles. Elle pourra également donner des informations sur les effets de polluants spécifiques, ce qui pourrait conduire à des changements dans les politiques publiques. Enfin, nos résultats basés sur un grand échantillon national pourront aider à identifier les individus à haut risque de DMLA, sur la base de leur adresse résidentielle, qui pourraient bénéficier d’un suivi ophtalmologique accru pour détecter et traiter la DMLA.

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