Rôle du travail de nuit, du travail posté et cancers

Caractéristiques

Responsable scientifique P. Guénel & F. Menegaux
Organisme de rattachement Inserm
Laboratoire / Lieu Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations, Villejuif
Année de dépôt 2016
Type de projet Recueil complémentaire

Contexte

En 2007, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le “travail posté entraînant des perturbations du rythme circadien” comme probablement cancérogène pour l’homme (groupe 2A) sur la base de preuves suffisantes chez l’animal et limitées chez l’Homme. À ce jour, les arguments en faveur d’une association entre le travail de posté (incluant la nuit) et le risque de cancer apportés par les études épidémiologiques reste limités en raison des résultats contradictoires entre les études, de l’hétérogénéité dans la définition de l’exposition, de la prise en compte insuffisante des cancérogènes professionnels potentiellement associés au travail de nuit, et des autres déterminants de la perturbation du rythme circadien (durée du sommeil, chronotype, polymorphismes génétiques). De plus, la majorité des études ont plus particulièrement étudié le travail de nuit/posté en association avec le risque de cancer du sein dans des groupes professionnels spécifiques comme les infirmières. Néanmoins, quelques études épidémiologiques, ainsi que les mécanismes expliquant les effets cancérogènes de la perturbation du rythme circadien, indiquent que le travail de nuit pourrait augmenter le risque d’autres sites de cancer. 

Objectifs

L’objectif du projet C3-Nuit est d’étudier le rôle de la nuit ou travail posté dans les cancers du sein, de la prostate, de l’endomètre, de l’ovaire, du côlon-rectum et dans les lymphomes non Hodgkiniens (LNH). Nous nous intéresserons également aux habitudes de sommeil, au chronotype et aux polymorphismes des gènes de l’horloge comme facteurs individuels pouvant influencer le rythme circadien. Enfin, nous étudierons les interactions possibles entre le travail de nuit, les habitudes de sommeil, le chronotype et les gènes de l’horloge dans le risque de survenue des cancers d’intérêt. 

Méthodes

Nous souhaitons réaliser une étude de type cas-témoins nichée dans la cohorte CONSTANCES, cohorte épidémiologique en population générale qui sera constituée à terme d’un échantillon de 200 000 adultes âgés de 18 à 69 ans au recrutement dans la cohorte. Les participants remplissent un questionnaire détaillé à l’inclusion et un questionnaire auto-administré annuel au cours du suivi. Les cas seront tous les participants déclarant un nouveau cancer du sein, de la prostate, du CCR, de l’endomètre, de l’ovaire ou un LNH diagnostiqué au cours du suivi de 2013 à Juin 2019. Tous les cas incidents identifiés dans les questionnaires annuels de suivi seront inclus a priori. Sur la base des taux d’incidence du cancer par sexe et par âge pour la France et sur le nombre de participants inclus dans la cohorte, et en supposant un taux de réponse de 80%, nous avons estimé que 1500 cas de cancer seront inclus dans l’étude sur une période de 3 ans (450 sein, 520 prostate, 290 CCR, 60 endomètre, 40 ovaire et 180 LNH). Les témoins seront tirés au sort selon le principe d’échantillonnage par densité d’incidence (incidence density sampling) et appariés aux cas sur l’âge (tranches de 5 ans), le sexe et le département de résidence à l’inclusion. Deux témoins par cas au minimum seront sélectionnés pour un total de 3000 témoins environ. Pour chacun des emplois occupés au cours de la vie professionnelle, les données recueillies pour la présente étude comporteront : d’une part les informations de base obtenues pour chaque participant de la cohorte CONSTANCES (questionnaires d’inclusion et annuels de suivi), et d’autre part les données issues du questionnaire spécifique de l’étude C3-Nuit qui comprendra des informations détaillées sur les horaires de travail de nuit, le travail posté, le type de rotation, le nombre de nuits par semaine ou par mois, le nombre de nuits consécutives, etc. permettant d’apprécier les perturbations du rythme circadien engendré par les horaires de travail. Ce questionnaire sera administré par téléphone par système CATI (Computer Assisted Telephonic Interview). Des informations sur les caractéristiques du sommeil et le chronotype des individus seront également obtenues. L’exposition à d’autres cancérogènes professionnels sera évaluée notamment par l’intermédiaire de matrices emploi-exposition. Enfin, un prélèvement de salive sera obtenu pour les cas et les témoins afin de constituer une banque d’ADN destinée au génotypage des polymorphismes des gènes de l’horloge. 

Perspectives

Le rôle de la perturbation du rythme circadien dans l’étiologie du cancer, basé sur des mécanismes biologiques plausibles, est un domaine de recherche récent dont l’intérêt est croissant pour l’ensemble des cancers depuis la publication de la Monographie du CIRC en 2007. Ce projet permettra d’étudier le risque de plusieurs cancers d’intérêt dans une grande cohorte de population et d’appréhender le travail de nuit mesuré de façon fiable et reproductible chez des sujets exerçant dans une grande variété de secteurs d’activité. La prévalence croissante du travail de nuit / posté dans la population française font de ce projet un projet important en terme de santé publique. 

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