Expériences négatives et violences durant l’enfance : le poids des chiffres et des maux ?

Sept volontaires de Constances sur 10 rapportent une expérience négative avant l’âge de 18 ans. Les violences sexuelles touchent davantage les femmes que les hommes et sont associées à des troubles du sommeil à l’âge adulte. Publiés en avril 2026, ces résultats sont basés sur les réponses de plus de 100 000 personnes formant l’une des plus grandes bases de données en population générale sur le sujet dans le monde.

En 2020, le questionnaire de suivi annuel de Constances comportait une série de 16 questions sur les expériences négatives rencontrées/vécues avant l’âge de 18 ans. Ces questions étaient la traduction française d’une section d’un questionnaire américain validé internationalement : le questionnaire BRFSS des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (en anglais : Centers for disease control and prevention ou CDC).

Plus de 55 000 femmes et près de 46 000 hommes de 18 à 69 ans à leur inclusion dans la cohorte y ont répondu, soit 87 % des répondants totaux du questionnaire « Ce taux de réponse est particulièrement élevé, surtout pour un sujet qui pouvait être perçu comme sensible. Cela montre l’intérêt des participants, que nous remercions vivement pour leurs réponses » indique Judith van der Waerden, chercheuse à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique (IPLESP) qui coordonne des études menées sur les données récoltées.

Des expériences courantes

70 % des femmes et 67 % des hommes de Constances ont rapporté au moins une expérience négative. L’expérience négative la plus courante était la violence psychologique ressentie pour plus d’un tiers des femmes et des hommes.

La plus grande différence entre sexe concernait les violences sexuelles : 16 % des femmes et 6 % des hommes ont rapporté une violence sexuelle (agressions sexuelles et/ou rapport sexuel forcé) avant l’âge de 18 ans. « Ces proportions sont cohérentes avec celles observées dans d’autres pays, où les femmes sont aussi plus touchées que les hommes » souligne Fabienne El-Khoury, chercheuse au sein de l’équipe Epidémiologie sociale, santé mentale et addictions de l’IPLESP dirigée par Judith van der Waerden.

L’équipe a ensuite analysé l’ensemble des réponses afin de dégager des profils typiques parmi les volontaires.

Chez les hommes, trois profils sont ressortis avec globalement :

  • 68,2 % des hommes qui n’ont pas eu ou ont eu peu d’expériences négatives durant leur enfance/adolescence
  • 19,6 % des hommes qui ont fait face à des violences physiques et psychologiques
  • 12,1 % des hommes qui ont vécu dans un environnement familial instable (difficultés financières, consommation d’alcool et/ou drogue par au moins un parent, parent avec une maladie mentale…).

Chez les femmes, un 4e profil est apparu de manière spécifique caractérisé par des agressions sexuelles, des viols ou des tentatives de viol, avec globalement :

  • 62,1 % des femmes qui n’ont pas eu ou ont eu peu d’expériences négatives durant leur enfance/adolescence
  • 15,3 % des femmes qui ont fait face à des violences physiques et physiologiques
  • 13,4 % des femmes qui ont vécu dans un environnement familial instable (difficultés financières, consommation d’alcool et/ou drogue par au moins un parent, parent avec une maladie mentale…)
  • 9 % des femmes qui ont subi au moins un viol.

Cette étude est l’une des rares dans le monde de cette envergure en terme de nombre de répondants

Judith van der Waerden

Violences sexuelles et troubles du sommeil

Appelées ACE pour « Adverse Childhood Experience », ces expériences négatives sont des événements potentiellement traumatisants. « Nous regardons actuellement les associations entre les différentes catégories d’ACE avec des caractéristiques de la santé physique et mentale des volontaires. Il y a de nombreuses analyses à mener pour comprendre comment ces traumatismes peuvent affecter notre santé à long terme » explique Judith van der Waerden.

Par exemple, les volontaires de Constances ayant rapporté un viol présentaient des probabilités significativement plus élevées de réveils nocturnes fréquents et de sommeil court, tant chez les femmes que chez les hommes. « Les troubles du sommeil est un des premiers symptômes de stress post-traumatique » souligne Fabienne El-Khoury.

En n’oubliant pas que toutes les personnes qui ont eu une enfance difficile n’auront heureusement pas ultérieurement des problèmes de santé, sociaux ou émotionnels liés à ces circonstances, car la résilience ou des expériences positives peuvent protéger contre de nombreux effets négatifs sur la santé même après des expériences négatives pendant l’enfance et l’adolescence.

Références bibliographiques :

Mourchidi A, El-Khoury F, Melchior M, Zins M, Wiernik E, van der Waerden J. Prevalence and profiles of adverse childhood experiences: a French nationwide study using the CONSTANCES cohort. BJC Public Health. 2026. DOI :10.1136/bmjph-2025-003300

Zayat TA, van der Waerden J, Bailhache M, Wiernik E, Zins M, Melchior M, Reynaud E, El-Khoury F. Childhood sexual violence and sleep disturbances in adulthood: Findings from a large French population-based study (CONSTANCES). Sleep Health. 2026. DOI :10.1016/j.sleh.2026.03.005 

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