Maladies oculaires : quels effets de la pollution de l’air ?
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En utilisant les données des cohortes Gazel et Constances, toutes deux suivies par l’équipe de l’UMS 11, des chercheurs révèlent l’augmentation du risque de cataracte chez les personnes exposées à de fortes concentrations en dioxyde d’azote, un polluant principalement émis par les véhicules diesel et essence. Quant à la survenue de la dégénérescence maculaire liée à l’âge, elle est associée chez les volontaires de Constances aux concentrations élevées de carbone suie dans l’air. Ces résultats originaux sont publiés dans Ophtalmology Science en avril 2026.
La cataracte et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) sont 2 maladies touchant les yeux et apparaissant avec l’âge. Elles entraînent une vision floue (cataracte) et une perte progressive de la vision centrale (DMLA), avec des impacts importants sur la qualité de vie des personnes atteintes et le système de soins.
Ces maladies oculaires — touchant le cristallin pour la cataracte et la rétine pour la DMLA — sont suspectées d’être exacerbées par la pollution de l’air, via des mécanismes impliquant le stress oxydant. Des études épidémiologiques menées en Corée du Sud, au Royaume-Uni, au Canada et à Taïwan, apportent des éléments confirmant cette hypothèse pour certains polluants. Mais elles reposent sur des protocoles et des réalités de pollution très diverses.
Pour Cécile Delcourt, chercheuse au Bordeaux Population Health (Inserm/Université de Bordeaux), il était important de mener l’enquête dans un contexte français et dans le cadre de cohortes longitudinales (c’est-à-dire dans lesquelles la survenue de maladies est identifiée après l’inclusion des volontaires exposés à la pollution).
Deux cohortes pour une étude
Pour cela, son équipe a rassemblé les données de plus de 36 000 participants, dont la moitié appartiennent à la cohorte Gazel et l’autre moitié à la cohorte Constances. Leurs adresses de résidence ont permis aux chercheurs de déterminer une exposition annuelle moyenne à 3 polluants de l’air grâce à des modèles développés par l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH). Ces polluants étaient le dioxyde d’azote (NO2), les particules fines de diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres (PM2,5) et le carbone suie (black carbon en anglais).
La survenue de cataracte ou de DMLA ont été identifiées dans le Système national des donnés de santé (SNDS) à partir des remboursements pour des traitements contre la DMLA et d’opérations de la cataracte. Au total, l’équipe a répertorié 266 traitements contre la DMLA et 5 500 opérations de cataracte.
Analyses combinées et par cohorte
Pour la cataracte, les chercheurs ont identifié un effet de l’exposition au NO2 pour les participants vivant en zone urbaine au moment de leur inclusion. La survenue de cataracte était augmentée de 8 % au-delà d’une concentration annuelle de 35 µg/m3, après prise en compte les facteurs de confusion (sexe, âge et niveau d’éducation). Aucune association significative n’était retrouvée pour les participants vivant en zone rurale.
Le niveau de pollution était plus faible chez les participants ruraux. De plus, les sources de pollution, et donc la composition et l’origine des polluants, ne sont pas les mêmes en milieu urbain et rural, ce qui peut expliquer les différences
Concernant les PM2,5 et le carbone suie, aucun effet significatif n’a été détecté sur la survenue de cataracte, tant en zone urbaine que rurale.
Pour la DMLA, aucune association n’est ressortie pour les 3 polluants considérés lorsque les données des 2 cohortes étaient compilées. Toutefois, une augmentation de 88 % du risque de DMLA parmi les volontaires de Constances était observée pour les niveaux élevés de carbone suie. Ces différences invitent à approfondir les analyses ultérieurement, notamment en raison du petit nombre de cas observés (266 personnes traitées pour DMLA au total dans les 2 cohortes).
« Cette étude originale montre la richesse et la complémentarité de Gazel et Constances, deux cohortes avec de nombreuses données similaires pouvant être combinées dans des analyses » conclut Antoine Duclos, directeur associé de la cohorte Constances.
En France, la valeur limite de concentration annuelle de NO2 est actuellement de 40 µg/m3. Cette valeur sera réduite à 20 µg/m3 en 2030 afin de respecter la nouvelle directive européenne sur la qualité de l’air et se rapprocher de la valeur guide de 10 µg/m³ de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2021). Ces nouveaux seuils de référence sont plus exigeants afin de mieux protéger la santé des populations vis-à-vis de la pollution de l’air ambiant.
Référence bibliographique
Gayraud L, Lequy E, Hucteau E, de Hoogh K, Coeuret-Pellicer M, Schweitzer C, Korobelnik JF, Delyfer MN, Vienneau D, Goldberg M, Zins M, Delcourt C. Association of Air Pollution Exposure with Incident Cataract Surgery and Neovascular Age-Related Macular Degeneration in 2 French Nationwide Cohorts. Ophthalmology Science. 2026. DOI:10.1016/j.xops.2026.101099