Renoncer à se soigner pour raisons financières : une réalité pour 1 volontaire sur 7

Près d’1 volontaire sur 7 a renoncé à se soigner pour raisons financières l’année précédant son inclusion dans la cohorte Constances. Ce renoncement est associé à un moindre recours aux généralistes et spécialistes, à davantage de visites aux urgences. Ces résultats soulignent l’importance de repenser l’accès aux urgences des hôpitaux en parallèle de l’accès à la médecine de ville pour les populations les plus vulnérables.

En juin 2020, l’équipe du projet CORSO a publié un article dans International Journal of Public Health basé sur la réponse de 88 000 volontaires inclus dans la cohorte Constances entre 2012 et 2018 à la question déclarative : « Au cours des 12 derniers mois, avez-vous dû renoncer à certains soins en raison de problèmes financiers ? ». Les chercheurs ont considéré les associations entre cette réponse et le nombre de visites chez des médecins généralistes et spécialistes ainsi que leur recours aux urgences durant les 3 années précédant leur inclusion.

Près d’1 volontaire sur 7 a renoncé à se soigner

Les participants ayant déclaré avoir renoncé à se soigner pour des raisons financières représentent 14 % des volontaires. Ces volontaires ont eu un moindre recours aux médecins généralistes et spécialistes en ville notamment les gynécologues, pneumologues et dentistes. Ils ont aussi davantage consulté les urgences sans hospitalisation. « Nous avons aussi trouvé des associations significatives entre le fait de renoncer à se soigner et de nombreuses variables socio-économiques telle que la catégorie socio-professionnelle, les revenus mensuels, des marqueurs de difficultés sociales telles que difficultés à lire et écrire » ajoute Anne-Laure Féral-Pierssens, médecin-urgentiste qui a mené ces analyses dans le cadre de son doctorat de santé publique soutenu en novembre 2019.

« Nos résultats laissent penser que certains volontaires viennent aux urgences par défaut d’une prise en charge réellement accessible ailleurs. C’est possiblement lié à un défaut de disponibilité ou de visibilité des alternatives, un défaut de l’organisation ou de structuration de notre système de soins notamment dans les grandes villes — Paris, Marseille, Lyon — où il peut être paradoxalement plus difficile de trouver des médecins — notamment spécialistes — aux tarifs conventionnés. ». Les chercheurs ont en effet trouvé que les volontaires de Constances inclus dans des villes de moins de 50 000 habitants renoncent moins à se soigner pour raisons financières qu’ailleurs. Pour Anne-Laure Féral-Pierssens : « la reflexion sur l’accès aux urgences doit se faire de pair avec les actions menées sur les soins en ville, sur leur accessibilité, leur disponibilité, leur visibilité. Réfléchir uniquement par segments — d’un côté les urgences, de l’autre la ville — est tout à fait contre-productif et accentue les inégalités. »

Référence bibliographique : 

Feral-Pierssens et al. Forgoing health care under universal health insurance: the case of FranceInternational Journal of Public Health (2020) 65(5):617-625. doi: 10.1007/s00038-020-01395-2.

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