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Douleurs féminines : des premiers chiffres saisissants

Modifié le 28/09/2015

Au sein de Constances, 2 femmes sur 3 signalent des douleurs durant les règles et/ou les rapports sexuels*. Ces douleurs peuvent être le signe d'une endométriose, une maladie méconnue, cause fréquente d’infertilité.


En France, combien de femmes ont-elles des douleurs durant leurs règles ? Et pendant les rapports sexuels ? Avant Constances, aucun chiffre n'existait en population générale. Les premières estimations issues de la cohorte sont saisissantes. Sur 21 133 femmes incluses en mars 2015 et actives sexuellement, 1 sur 3 présente « parfois », « souvent » ou « toujours » des douleurs pendant les rapports sexuels (36 % exactement). Sur 10 229 femmes non ménopausées, 1 sur 2 ressent des douleurs** durant ses règles (49 % exactement).

Constances a aussi mis à jour de nombreuses associations entre ces douleurs et certaines caractéristiques des femmes. Par exemple, « les femmes sous contraception hormonale, pratiquant une activité sportive au moins 2 h par semaine, ayant poursuivi leurs études après le Bac et ne fumant pas sont significativement moins sujettes à des règles douloureuses que les autres (absence de contraception, pas de sport régulier, niveau d’étude inférieur au Bac, consommation de tabac). Certaines de ces associations sont difficiles à expliquer comme pour le tabac. Pour l'activité sportive, 2 hypothèses sont avancées : soit les femmes qui ont des règles douloureuses font moins de sport du fait des douleurs ; soit l'activité physique, permettant d'entretenir une bonne hygiène de vie, diminuerait la fréquence des dysménorrhées » indique François Margueritte, interne en gynécologie qui a réalisé ces analyses dans le cadre de son Master 2.

Pour Virginie Ringa, chercheuse Inserm qui coordonne un vaste projet sur la santé sexuelle et reproductive au sein de Constances (SANT'SEX) : « Ces premiers résultats donnent des pistes de réflexion qu'il nous faudra confirmer avec l'aide de questionnaires complémentaires et des données médicales comme les prescriptions de médicaments et les actes de chirurgie ».

L'endométriose, une maladie souvent méconnue
L'endométriose tire son nom de l'endomètre, le tissu qui recouvre la paroi de l'utérus et à l'origine des règles. Parfois, certaines de ses cellules colonisent d'autres tissus de la cavité pelvienne et y provoquent des lésions inflammatoires et douloureuses ou des kystes ovariens. Répondant aux hormones féminines, elles y ''saignent'' en rythme comme toutes les autres cellules de l'endomètre. Lorsqu'elles colonisent les ovaires, les trompes, le pelvis, elles peuvent être responsables d'infertilité et de douleurs pelviennes.

« Nous allons aussi regarder si ces douleurs ont une incidence sur la qualité de vie des femmes. Environ 10 % des consultations en gynécologie sont liées à des douleurs dans le bas ventre » complète Xavier Fritel, professeur en gynécologie au CHU de Poitiers et coordinateur du sous-projet sur ces douleurs féminines. Selon une enquête britannique, elles sont comparables à d'autres états chroniques tels que la migraine, l'asthme, ou le mal de dos pour ce qui est du recours au système de soins.

Ces résultats permettent d’envisager des actions de prévention. « L'endométriose est la principale cause de ces douleurs. Si nous validons que la douleur sévère** déclarée par les femmes de Constances est associée à l'endométriose, nous envisageons un essai de dépistage de l'endométriose. Nous pourrions alors proposer des prises en charge adaptées aux femmes dont l'endométriose est diagnostiquée afin d'améliorer leur qualité de vie mais aussi éviter qu'elles ne deviennent infertiles » indique Xavier Fritel. La principale conséquence pour la santé associée à l’endométriose est en effet l’infertilité. Environ une femme sur 3 ayant du mal à avoir des enfants en est atteinte.

* 64 % sur un échantillon de 9242 femmes réglées et ayant déjà eu un rapport sexuels ont au moins une composante douloureuse (ou les 2)

** La douleur est évaluée par la question suivante :

Douleurs feminines

La douleur est considérée comme modérée quand la réponse donnée était égale ou supérieure à 4 et inférieure à 7 sur une échelle de 0 à 10. Elle est considérée comme ''sévère'' quand égale ou supérieure à 7 (seuil de prescription d’antalgiques selon l’ANSM).

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