Cancer du sein et santé mentale : l’influence du retour à l’emploi

Le retour à un emploi stable et durable après le diagnostic d’un cancer du sein réduit le risque de dépression à moyen et long terme. Ces résultats sont publiés dans Supportive Care in Cancer en novembre 2025.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez la femme, avec plus de 60 000 nouveaux cas chaque année en France. Une prise en charge précoce permise par le dépistage associé aux nouveaux traitements permet d’en guérir 9 cas sur 10 aujourd’hui.

Pour suivre leur traitement, la majorité des femmes diagnostiquées d’un cancer du sein doivent interrompre leur activité professionnelle. Leur retour à l’emploi peut prendre des formes variées. Ces différentes trajectoires de retour à l’emploi influencent-elles leur santé mentale ? Une équipe emmenée par Mélanie Bertin, enseignante-chercheuse à l’EHESP de Rennes et au laboratoire Arènes, s’est penchée sur ces questions à partir des données de Constances.

1re étape : identifier les volontaires atteintes d’un cancer du sein

Pour identifier les femmes de la cohorte ayant eu un diagnostic de cancer du sein entre 2009 (soit avant leur inclusion) et 2019, les scientifiques se sont appuyés sur les informations présentes dans les bases de données du Système national des données de santé (SNDS). Un algorithme intégrant le diagnostic de cancer du sein, les traitements reçus et la reconnaissance d’une affection longue durée (ALD), a permis d’identifier plus de 2000 femmes atteintes de de cancer sur cette période.

2e étape : définir les trajectoires de retour à l’emploi

A l’aide de données issues de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV), l’équipe a ensuite déterminé les trajectoires de retour à l’emploi des femmes sur une période s’étendant jusqu’à 5 ans après le diagnostic de cancer du sein. 

 

Nous avons mis en évidence 3 grands profils de trajectoires professionnelles : un groupe de femmes reprenant un emploi de façon durable et continue après le diagnostic (possiblement avec une reprise à mi-temps thérapeutique), un groupe alternant des périodes de chômage, d’emploi et/ou des transitions professionnelles et, enfin, un troisième groupe en situation d’invalidité

Mélanie Bertin

3e étape : calculer un score de symptômes dépressifs

Pour déterminer la santé mentale de ces femmes, l’équipe a utilisé leurs réponses à une échelle d’auto-évaluation, appelée « Centre for Epidemiologic Studies Depression Scale », présente dans le questionnaire « Mode de vie et santé » renseigné à l’inclusion dans les Centres d’examens de santé. Cette échelle comportait 20 questions telles que : « Jai eu des crises de larmes », « J’ai eu du mal à me concentrer sur ce que je faisais »…

Plus de 22 % des femmes diagnostiquées avec un cancer du sein et ayant rempli le questionnaire entre 0 et 5 ans après le diagnostic présentaient un risque élevé de dépression. Ce pourcentage était de 20 % pour les femmes ayant rempli le questionnaire entre 6 et 10 ans après le diagnostic.

Association entre symptômes dépressifs et trajectoires de retour à l’emploi

Comparativement aux femmes ayant eu un retour durable et continu à l’emploi, les femmes en situation d’invalidité présentaient un risque plus élevé de dépression à moyen terme (entre 0 et 5 ans après leur diagnostic de cancer) et à long terme (entre 6 et 10 ans après leur diagnostic de cancer).

 « Concernant le groupe de femmes alternant des périodes de chômage et de transitions professionnelles après leur diagnostic de cancer, ce groupe est composé d’un mélange très divers de réalités professionnelles » explique Mélanie Bertin qui poursuit actuellement ses travaux sur les données Constances, en se focalisant sur les parcours de soins et les trajectoires de retour au travail après un cancer du sein, en lien avec les inégalités sociales.

Références bibliographiques 

Clémence Rapicault, Bertrand Porro, Julie Gourmelen, Céline Ribet, Anne-Lise Rolland, Yves Roquelaure et Mélanie Bertin. Association between return-to-work trajectories and depressive symptoms in long-term breast cancer survivors: results from the French CONSTANCES cohort. Supportive Care in Cancer. 2025. DOI: 10.1007/s00520-025-10146-z

Anne-Lise RollandBertrand PorroSofiane KabCéline RibetYves Roquelaure et Mélanie Bertin. Impact of breast cancer care pathways and related symptoms on the return-to-work process: results from a population-based French cohort study (CONSTANCES). Breast Cancer Research. 2023. DOI: 10.1186/s13058-023-01623-6

Asthme et moisissures : des associations même pour de petites surfaces de moisi

L’exposition aux moisissures est associée à l’asthme chez les volontaires de Constances et ce, même pour de petites taches de moisi dans le logement. Publiés en novembre 2025 dans Environmental Research, ces résultats encouragent la promotion de mesures préventives vis-à-vis de la contamination fongique : ventilation du logement, aération quotidienne même en hiver…

L’asthme est une maladie respiratoire fréquente qui touche plus de 4 millions de personnes en France dont environ 10 % des adultes. Elle peut considérablement altérer la qualité de vie, entraîner des insomnies, une baisse d’activité et un absentéisme à l’école ou au travail.

S’il est établi que le développement et l’aggravation de l’asthme sont favorisés chez les enfants par la présence de moisissures dans les logements, ces effets délétères sont peu documentés chez les adultes. La richesse des données de la cohorte Constances a permis d’apporter des réponses notamment grâce au questionnaire de suivi 2019.

Un peu ou beaucoup de surfaces atteintes chez les volontaires ?

Le questionnaire de 2019 comportait des questions sur les surfaces contaminées par des moisissures dans les logements. Plus de 110 000 volontaires y ont répondu. Publiées en 2023, les analyses descriptives réalisées par l’équipe d’épidémiologie respiratoire intégrative du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP) de Villejuif, ont montré que : 

  • 22 % des volontaires de la cohorte avaient des moisissures visibles dans leur logement. Cette fréquence est concordante avec celles des pays européens (autour de 25 %) et avec la dernière estimation en France datant de 2013 (entre 14 et 20 %).
  • Les moisissures visibles étaient principalement localisées dans la salle de bain (chez 17 % des répondants). Cette fréquence était 2,5 fois supérieure à celle rapportée dans la chambre, la cuisine ou le salon (autour de 3,5 %).
  • 2 % des volontaires ont indiqué une odeur de moisi dans leur logement.
  • 0,3 % des répondants ont déclaré une surface moisie supérieure à 3 m².

« Nous avons aussi déterminé que l’existence de moisissures était associée à 4 déterminants du logement (avoir eu un dégât des eaux, avoir un logement difficile ou trop coûteux à chauffer, l’absence de système de ventilation, des taches d’humidité) et à 2 déterminants liés au comportement des répondants (ne pas aérer/ouvrir les fenêtres en hiver, avoir une fréquence de ménage inférieure à 1 jour par semaine) » indique Rachel Nadif, chercheuse Inserm au CESP qui a codirigé l’étude.

Croisement avec la santé respiratoire

L’équipe a ensuite croisé les données « moisissures dans le logement » avec les réponses du questionnaire « bilan de santé » complété par 28 596 volontaires lors de leur visite dans leur Centre d’examens de santé entre 2019 et 2022. Publiées dans Environmental Research en novembre 2025, les résultats montrent que même une petite surface de moisissures était associée à un risque accru d’asthme actuel (c’est-à-dire dans les 12 mois précédant le bilan de santé) ainsi qu’à un score de symptômes d’asthme plus élevé, comparativement aux logements sans moisissures. Ces associations ne différaient pas selon le type de logement (maison ou appartement) ou le sexe des répondants.

« Aucune étude ne s’était penchée jusqu’à présent sur des associations entre surface de moisissures et scores de symptômes d’asthme chez les adultes. C’était donc une première. Nous nous attentions à une association, mais pas forcément pour les surfaces les plus petites » indique Laurent Orsi, épidémiologiste-biostatisticien Inserm au CESP, qui a codirigé l’étude. Et d’ajouter : « La population de Constances est tellement grande que nous avons pu ajuster et tester énormément de facteurs. Tout était concordant ».

 

Ces résultats soulignent l’importance de la promotion des mesures préventives vis-à-vis de la contamination fongique : aération quotidienne (même en hiver), installation d’une ventilation, ménage hebdomadaire… Car si lasthme est une maladie multifactorielle, lexposition aux moisissures reste un facteur de risque évitable.

« En terme de santé publique, en terme d’inégalités sociales, ces résultats ont une répercussion car 22 % des volontaires ont déclaré des moisissures dans leur logement. Il est essentiel que les cliniciens demandent s’il y a des moisissures dans le logement lorsque leur patient est asthmatique » conclut Rachel Nadif.

Références bibliographiques : 

Tajidine Tsiavia, Emilie Fréalle, Valérie Bex, Orianne Dumas, Marcel Goldberg, Nicole Le Moual, Celine Ribet, Nicolas Roche, Marine Savouré, Raphaëlle Varraso, Marie Zins, Bénédicte Leynaert, Rachel Nadif, Laurent Orsi. Mouldy area size and asthma symptom score and control in adults: the CONSTANCES cohort. Environmental Research. 2025. DOI: 10.1016/j.envres.2025.122254

Tajidine Tsiavia, Emilie Fréalle, Valérie Bex, Orianne Dumas, Marcel Goldberg, Nicole Le Moual, Celine Ribet, Nicolas Roche, Marine Savouré, Marie Zins, Bénédicte Leynaert, Laurent Orsi, Rachel Nadif. Determinants of mouldy area size in dwellings from the French CONSTANCES population-based cohort. Building and Environment. 2023. DOI:10.1016/j.buildenv.2023.110606

Thèse de Tajidine Tsiavia. Phénotypes inflammatoires de l’asthme : caractérisation, évolution et association avec l’exposition aux moisissures de l’air intérieur dans la cohorte Constances. 2023.

Volontaires et chercheurs : face-à-face inédit à Lyon

Samedi 11 octobre 2025 s’est tenue la première rencontre en région entre les responsables, des chercheurs et des volontaires de la cohorte à la Faculté de médecine de Lyon. Cet événement organisé par l’Association des volontaires de Constances a suscité de nombreux échanges et intérêts des 200 volontaires et journalistes présents.

Dans le Rhône, 13 348 volontaires habitant 96 % des communes du département participent à Constances. Près de 200 d’entre eux avaient fait le déplacement jusqu’à la Faculté de médecine de l’Université de Lyon-1, le samedi 11 octobre 2025, afin de connaître l’avancement de la cohorte et les projets menés sur leurs données.

Comme l’a relaté Le Courrier de Lyon, « c’est une rencontre qui a atteint ses objectifs au-delà des espérances des organisateurs (…). Il n’y avait plus une place disponible. Et l’auditoire a été extrêmement attentif. Bien sûr les questions ont fusé de la part du public. Les participants ont profité de la présence des chercheurs pour pouvoir échanger directement avec eux et poser toutes leurs questions. »

L'amphithéâtre du bâtiment Jean-François Cier (Faculté de médecine, Université Lyon-1) rempli de volontaires de Constances.

Interviewée par Le Progrès, Jocelyne était l’une des volontaires présentes. « Assistante sociale au départ, puis responsable de l’hébergement d’urgence pour l’État à un niveau régional, je sais combien il est intéressant de travailler sur le temps long pour comprendre l’évolution des parcours. Aujourd’hui, je me sens tenue de continuer de participer à la cohorte par rapport au sérieux de la démarche, surtout à l’aune de toutes les études scientifiques qui en découlent. »

Dans l’amphithéâtre se trouvait aussi Marc, 69 ans, accompagné de ses deux filles de 45 et 47 ans, aussi volontaires de la cohorte. « Cette rencontre nous a permis de faire la connaissance de la « grande patronne » de Constances (NDLR : Marie Zins, directrice de la cohorte). Sa présentation était super. J’étais content d’apprendre que vous travaillez en coordination avec de grandes cohortes internationales. »

Et d’ajouter : « vous savez notre famille doit beaucoup à l’équipe du Centre d’examens de santé de la CPAM de Lyon qui a détecté en juillet dernier, lors de mon 3e bilan de santé Constances, un problème cardiaque sur l’électrocardiogramme. Huit jours après, j’étais hospitalisé pour 5 angioplasties coronaires. »

Isabelle Deltour, chercheuse au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de Lyon, a présenté une étude internationale sur les liens entre téléphonie mobile et cancers
Milena Foerster, chercheuse au CIRC de Lyon, est experte de l'étude des risques sanitaires liés aux tatouages
Emeline Lequy, chercheuse Inserm, a présenté des associations entre exposition à des métaux atmosphériques et des fonctions cognitives des volontaires de la métropole de Lyon

La rencontre était organisée par l’Association des volontaires de Constances en partenariat avec l’équipe de Constances.  « Faire se rencontrer les volontaires et les chercheurs, c’est l’une de nos missions. Cet événement confirme tout le bien fondé de l’association et l’engagement des volontaires dans la cohorte. Nous envisageons, bien évidemment, de renouveler l’expérience dans d’autres régions dans les prochaines années » indique Frédérique Anne, présidente de l’Association Constances.

Articles dans la presse locale :

Ces volontaires de la cohorte Constances qui aident à l’avancée de la science. Le Progrès (12/10/2025)

Gros succès pour la rencontre de l’association « Constances ». Le Courrier de Lyon (12/10/2025)

Présentations :

Les diaporamas (en pdf) sont disponibles sur le site de l’Association des volontaires de Constances

Tatouages : qui sont les tatoués de Constances ?

Un article publié dans International Journal of Epidemiology présente les profils des 13 000 volontaires tatoués de la cohorte Constances, ainsi que les caractéristiques de leurs tatouages. Une étape indispensable avant l’étude de risques potentiels de cancers.

Depuis les années 90, les tatouages sont à la mode. Si bien que d’années en années, le nombre de personnes tatouées en France ne cesse de grimper. Avec quels risques sanitaires potentiels à moyen et long terme ? Se tatouer implique l’injection d’encres dans le derme. Or, certaines molécules contenues dans ces encres sont classifiées comme cancérigènes en cas d’exposition orale (via l’alimentation) ou respiratoire. Est-ce aussi le cas lorsque ces substances sont injectées dans la peau ?

« Pour les cancers de la peau, il ne semble pas y avoir d’augmentation conséquente de risques comme l’ont montré 4 études, dont 3 études cas-témoins menées aux États-Unis et en Suède et une cohorte retrospective au Danemark. C’est cohérent avec le fait que les cancers de la peau concernent la couche épidermique alors que les encres sont injectées dans le derme. Concernant les cancers lymphatiques, une étude en Suède publiée en 2024 montre une augmentation du risque d’environ 20 % pour les personnes tatouées. C’est actuellement la seule étude sur le sujet » indique Milena Foerster, chercheuse au Centre international de recherche sur le cancer de Lyon, une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les cancers lymphatiques (lymphomes) questionnent particulièrement les scientifiques car près de 70 % des molécules injectées dans le derme (parfois des métaux, des hydrocarbures aromatiques polycycliques…) sont transportées dans les ganglions lymphatiques – le lieu de prolifération et de différenciation des cellules immunitaires – où elles s’accumulent. Soumis en 2021 au Conseil scientifique international de Constances, le projet CRABAT a pour objectif d’évaluer les risques de survenue de tels cancers, mais aussi de cancers du foie, des reins ou de la vessie, parmi les volontaires de la cohorte. Ce projet repose en premier lieu sur le questionnaire de suivi de 2020 qui comportait une question sur la présence d’un tatouage.

Transport d'encres jusqu'à un ganglion lymphatique. Crédits : Figure d'Ines Schreiver et al. publié dans Scientific report, 2017, traduite en français. License : CC BY 4.0.

Plus de 13 000 volontaires tatoués 

Parmi les 115 000 répondants au questionnaire de 2020, près de 12 % ont déclaré un tatouage (13 276 volontaires exactement). Cette prévalence « brute » est moindre qu’en population française, avec un pourcentage d’adultes tatoués de 18 % en 2018 (Kluger et al. 2019). « C’est essentiellement lié à la structure d’âge de la cohorte avec notamment une plus grande proportion de personnes âgées de plus de 45 ans qu’en population générale. Pour comparer ces prévalences, il faudrait pondérer le pourcentage issu des réponses des volontaires de Constances afin d’ajuster l’influence des différentes strates d’âges, ce que nous n’avons pas fait car l’objectif était de décrire la population d’étude » explique la chercheuse.

1 femme de moins de 35 ans sur 3 est tatouée

L’analyse des répondants de Constances par tranches d’âge montre un fort effet générationnel : le pourcentage de personnes tatouées diminue avec l’âge, notamment pour les femmes.

  • Sur la tranche d’âge 18-35 ans, 31 % des femmes et 14 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge 36-45 ans, 22 % des femmes et 13 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge 46-55 ans, 15 % des femmes et 12 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge 56-65 ans, 9 % des femmes et 7 % des hommes déclarent être tatoués.
  • Sur la tranche d’âge supérieure à 65 ans, 3 % des femmes et 2 % des hommes déclarent être tatoués.

Des surfaces tatouées de + en + grandes 

En 2023, un questionnaire complémentaire a été envoyé aux 13 276 volontaires tatoués de Constances, avec un taux de réponse de 60 %. Ce questionnaire nommé EpiTAT comprenait des questions sur la surface corporelle tatouée, la couleur et l’emplacement des tatouages, l’âge depuis le premier tatouage…

La surface médiane des tatouages est d’une paume de main, soit environ 152 cm2

Ces surfaces du corps tatouées augmentent de manière importante chez les jeunes générations –notamment pour les hommes, avec :

  • une surface moyenne de 623 cm2 pour les hommes de moins de 35 ans contre 278 cm2 pour les hommes de plus de 65 ans, soit une augmentation de 124 % des surfaces tatouées,
  • une surface moyenne 394 cm2 pour les femmes de moins de 35 ans contre 243 cm2 pour les femmes de plus de 65 ans, soit une augmentation de 62 % des surfaces tatouées.

La couleur la plus souvent utilisée est le noir/gris pour 90 % des répondants. Quant à leur localisation, les épaules et les bras sont les plus zones les plus souvent tatouées (77 % des hommes et 61 % des femmes).

Autres informations : la majorité des participants ont plusieurs petits tatouages, tandis qu’un cinquième ont surtout ou uniquement de grands tatouages. Enfin, près de 20% des répondants ont indiqué avoir réalisé au moins un tatouage hors d’un studio professionnel et 15 % dans un pays hors de France.

Milena Foerster et son équipe sont désormais en train d’analyser les risques potentiels de survenue de cancers associés aux tatouages. Des analyses qui seront renouvelées en 2027, puis tous les 5 ans, pour intégrer les nouveaux cancers (notamment les lymphomes) survenus chez les participants de Constances.

Références bibliographiques :

Bayan Hosseini, Rachel McCarty, Marie Zins, Marcel Goldberg, Céline Ribet, Ines Schreiver, Khaled Ezzedine, Joachim Schüz, Milena Foerster. Cohort Profile: The Cancer Risk Attributable to the Body Art of Tattooing (CRABAT) study. International Journal of Epidemiology. 2025. DOI: 10.1093/ije/dyaf132

Milena Foerster, Lucas Dufour, Wolfgang Bäumler,Ines Schreiver, Marcel Goldberg, Marie Zins, Khaled Ezzedine, Joachim Schüz. Development and Validation of the Epidemiological Tattoo Assessment Tool to Assess Ink Exposure and Related Factors in Tattooed Populations for Medical Research: Cross-sectional Validation Study. JMIR Form Res. 2023. DOI: 10.2196/42158

Premier atlas mondial du cœur et foie de personnes en bonne santé

Un projet unique au monde va débuter en septembre 2025 afin de constituer le premier atlas d’imageries cardiaque et hépatique de personnes en bonne santé. Nom : Iconic. Méthodologie : IRM et échographie de dernière génération sur 2 400 volontaires de la cohorte Constances âgés de 20 à 80 ans. Durée : 4 ans. 

Iconic est un projet hors norme adossé à la cohorte Constances. Son objectif est de constituer une banque d’images du cœur, des vaisseaux, du foie de personnes en bonne santé par des techniques d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et par ultrasons (échographie). Cette banque d’images permettra de comprendre le processus de vieillissement et les maladies touchant ces organes, et ainsi à améliorer leur détection précoce et développer de nouveaux traitements. Une première à l’échelle internationale.

« Aujourd’hui, nous avons des imageries de cœurs, de vaisseaux et de foie chez des patients, plus ou moins malades, mais on ne sait absolument pas ce qui se passe au niveau de cette imagerie dans la population générale. Il n’existe pas de valeurs normales attendues. C’est particulièrement criant pour les personnes de moins de 40 ans. Or, il est important de comprendre ce qui se passe aux différentes étapes de la vie. Il est aussi important de tenir compte de la différence entre les femmes et les hommes dans la naissance et l’évolution des maladies cardiométaboliques » indique Alban Redheuil, cardio-radiologue, responsable de l’imagerie cardiovasculaire et thoracique, co-responsable scientifique de la plateforme « ICAN Imaging » de l’hôpital Pitié-Salpêtrière et investigateur principal d’Iconic, dans cette vidéo.

Exemples d’images qui seront produites pour chaque volontaire participant au projet ICONIC. Elles combineront, à partir d’examens en IRM et en échographie, l’analyse de la structure et de la fonction du cœur, des vaisseaux et du foie à une échelle actuellement inexistante en France. Crédits : IUH ICAN.

 

Invitation de 2 400 volontaires franciliens sur 4 ans

Pour pallier ce manque de données sur des personnes en bonne santé cardiaque et métabolique, l’Institut hospitalo-universitaire pour l’innovation en cardiométabolisme et nutrition (IHU ICAN) a eu l’idée de faire appel à Constances afin de recruter, sur 4 ans, 2 400 participants de la cohorte résidant 100 km autour de Paris. Début septembre 2025, une première vague de volontaires seront invités, par courrier électronique, à réaliser un ensemble d’examens, à lhôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. LIHU ICAN y dispose dun plateau dimagerie cardiovasculaire et métabolique unique en Île-de-France avec notamment une IRM cardiovasculaire 1,5 Telsa de dernière génération. 

Plus précisément, les volontaires de Constances bénéficieront des examens suivants : bilan sanguin, échographie du foie, IRM du torse et de l’abdomen (et donc du cœur, des vaisseaux et du foie), échographie du cœur. Les images seront expertisées, labellisées et analysées quantitativement par les équipes de lIHU ICAN. Les biomarqueurs issues des imageries, c’est-à-dire les indicateurs du fonctionnement des organes, viendront compléter les données de Constances. Les participants recevront un courrier avec les images les plus représentatives et seront informés en cas de découverte fortuite dune anomalie du cœur, des vaisseaux ou du foie. 

Iconic apportera des données inédites qui permettront de :

  • Générer des données de référence dans la population française par catégorie d’âge et de sexe issues de lanalyse dimages IRM et échographiques
  • Mieux comprendre le vieillissement du cœur et du foie
  • Déterminer l’âge biologique des volontaires pour chaque organe
  • Valider de nouveaux biomarqueurs d’imagerie dans la population française en fonction du sexe, de l’âge et du profil de risque individuel basé sur les données existantes dans la cohorte Constances
  • Appréhender lorigine des maladies cardiométaboliques afin de les détecter de manière très précoce
  • Envisager de nouveaux traitements à des maladies cardiométaboliques.

Le fonds de dotation à la recherche en santé MSDAVENIR du laboratoire pharmaceutique MSD France apporte un soutien à ce projet unique, via une convention de mécénat de 1,2 million d’euros. Le mécénat consiste en un soutien financier (et/ou matériel et/ou en nature) apporté par un industriel à un projet de recherche, sans contrepartie directe, dans le but de favoriser l’innovation, le progrès scientifique ou le développement de compétences. Ce type de financement industriel permet à la recherche publique de bénéficier de ressources supplémentaires, tout en valorisant l’engagement sociétal de l’entreprise qui s’engage comme mécène.

La moitié de la biobanque déménage à Paris

Fin septembre, la moitié des échantillons de sang et d’urine de la biobanque de Constances aura déménagé à Paris, au Centre de ressources biologiques du CEPH-Fondation Dausset. Un transfert minutieux depuis le Luxembourg dans des cuves d’azote liquide !

Entre 2018 et 2021, 58 000 volontaires ont accepté de réaliser un prélèvement de sang et d’urine afin de constituer la biobanque de la cohorte Constances. Initialement confiés à l’Integrated biobank of Luxembourg (IBBL) dans le cadre d’un marché européen, ces prélèvements ont été séparés en 26 fractions appelés aliquotes : sérum, plasma hépariné au lithium, plasma EDTA, couche leuco-plaquettaire (buffy coat » en anglais)… 

Enrichie par les nombreuses autres données de la cohorte, cette biobanque formée de plus de 1,4 millions d’aliquotes constitue un outil très puissant au service de la recherche. Certaines de ces aliquotes ont ainsi déjà été utilisées dans le cadre de projets, par exemple pour rechercher le virus responsable de la Covid-19, révélant que Sars-CoV-2 circulait en France dès novembre 2019.

Depuis juin 2025, une nouvelle étape pour valoriser cette incroyable biobanque a débuté avec son rapatriement (pour moitié) à Paris, au Centre de ressources biologiques du CEPH-Fondation Jean Dausset, et son regroupement avec les biobanques de 4 autres cohortes généralistes françaises : Gazel, E3N/E3N-Générations, Elfe et Epipage2.

Sous la responsabilité de Gianluca Severi, directeur de recherche au CESP et investigateur principal de la cohorte E3N/E3N-Générations, ce regroupement s’intègre dans le projet BioCF (pour « biobanque cohortes françaises ») qui vise à bâtir une infrastructure nationale centralisée pour collecter les échantillons humains de cohortes. Il est financé par l’État dans le cadre du dispositif « Équipements d’excellence » (Equipex) du Programme d’investissements d’avenir (PIA). 

Avec ce déménagement, nous aurons séparé spatialement les 2 exemplaires des échantillons de sang et d’urine des volontaires, ce qui assurera une meilleure utilisation mais aussi une meilleure sécurité de la biobanque de Constances. 

Marie Zins, professeure de santé publique et directrice scientifique de Constances.

L’utilisation de la biobanque de Constances reste sous la responsabilité de la direction de Constances. Les aliquotes hébergées à la Fondation Jean Dausset constitueront la « biobanque de travail » de Constances. La « biobanque  miroir »  au Luxembourg est conservée pour la réalisation  d’études dans de nombreuses années.

Au niveau logistique, ce déménagement est un sacré challenge, car il se réalise – non pas dans des cartons – mais dans des cuves de vapeurs d’azote liquide à -196°, qui doivent être étalonnés et stabilisés durant 2 à 3 semaines avant chaque voyage. Débuté en janvier, il se réalise en plusieurs vagues et se terminera fin septembre 2025.

Arrivée des échantillons au Centre de ressources biologiques du CEPH-Fondation Jean Dausset. Crédits : CRB-CEPH-Fondation Jean Dausset.

Produits de nettoyage/désinfection et asthme : les associations diffèrent selon les profils d’exposition des soignants

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Dans Constances, la répartition des expositions des professionnels de la santé aux produits de nettoyage et de désinfection peut être regroupée en 4 profils, dont 2 sont associés à un sur-risque d’asthme, mais chez les femmes uniquement. Basés sur les réponses de 5 512 volontaires, ces résultats sont publiés dans American Journal of Industrial Medicine.

En France, près de 1,2 millions de personnes travaillent pour dispenser des soins à la population. Ces soignants sont fréquemment exposés aux produits de nettoyage et de désinfection. Dans le cadre d’une enquête ancillaire dans la cohorte Constances, un questionnaire adressé en 2022 à 11 050 volontaires a permis de connaître l’exposition à une grande diversité de produits chimiques (tâches réalisées, quantités, fréquence, modalité d’utilisation…). Quatre profils d’exposition sont ressortis des réponses apportées par 5 512 participants (dont 83 % de femmes) − faisant de cette étude, la plus grande en France sur le sujet.

« Les professions de santé regroupent des métiers divers et au sein d’un même métier, les expositions peuvent être très différentes en fonction des tâches réalisées, des produits utilisés ou encore de la fréquence d’utilisation des produits de nettoyage et de désinfection. C’est ce que nous retrouvons au niveau des résultats, notamment pour les infirmiers qui sont présents dans les 4 profils identifiés » souligne Ibrahim Bakari qui a réalisé ces analyses de regroupement dans le cadre de son doctorat encadré par Orianne Dumas et Rachel Nadif, toutes deux épidémiologistes au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations (CESP) de l’Inserm.

4 profils d’exposition

Le premier groupe − appelé C1 − était composé de 2 337 personnes, majoritairement des médecins et infirmiers peu exposés aux produits de nettoyage. Le 2e groupe (C2) était constitué de 393 personnes, principalement des personnels de laboratoire et des techniciens médicaux, utilisant de manière modérée des produits de nettoyage et de désinfection courants : eau de javel/chlore et alcool. Le 3e groupe (C3) intégrait 2 237 infirmiers et aides-soignants exposés de manière importante à des produits à base de composés d’ammonium quaternaire à forte activité anti-microbienne. Enfin, le 4e groupe (C4) était constitué de 545 volontaires principalement des infirmiers et aides-soignants exposés de manière importante et quotidienne à une multitude de produits de nettoyage et de désinfection. « Ces résultats sont très concordants avec une étude semblable sur le personnel soignants aux États-Unis qui avait identifié 5 profils d’exposition » indique le jeune chercheur.

Pour les profils C2 et C3, une association avec un mauvais score d’asthme a été mise en évidence, mais uniquement chez les femmes. « Cela pourrait s’expliquer par une différence des tâches effectuées entre les hommes et les femmes, mais aussi par des différences dans les mécanismes physiopathologiques de l’asthme entre les deux sexes » précise Ibrahim Bakari.

Ces résultats soulignent l’importance d’une évaluation détaillée des expositions aux produits de désinfection pour mieux comprendre les risques respiratoires professionnels et améliorer la sécurité au travail.

Référence bibliographique :

Ibrahim Bakari, Nicole Le Moual, Guillaume Sit, Marcel Goldberg, Bénédicte Leynaert, Céline Ribet, Nicolas Roche, Raphaëlle Varraso, Marie Zins, Rachel Nadif, Laurent Orsi & Orianne Dumas. Occupational exposure patterns to disinfectants and cleaning products and its association with asthma among French healthcare workers. American Journal of Industrial Medicine. Avril 2025. DOI: 10.1002/ajim.23725.

Hypertension artérielle : Constances éclaire une controverse

Faut-il changer les seuils définissant une pression artérielle dite « normale » et une pression artérielle « élevée » ? Constances apporte des éléments factuels sur une controverse qui divise actuellement les communautés scientifiques européennes. Selon l’étude publiée dans la revue Circulation, si une nouvelle classification était retenue, plus de 8 volontaires sur 10 de la cohorte seraient considérés comme ayant une pression artérielle dite « élevée » ou une hypertension.

Depuis 2023, un désaccord oppose les deux communautés scientifiques européennes spécialistes de l’hypertension : la Société européenne de cardiologie (en anglais European society of cardiology, ESC) et la Société européenne d’hypertension (en anglais European society of hypertension, ESH). Jusqu’en 2018, ces deux sociétés publiaient conjointement leurs recommandations sur l’hypertension artérielle. Ces recommandations proposaient des seuils de pression artérielle définissant 4 catégories : pression artérielle « optimale », pression artérielle « normale », pression artérielle « normale-haute » et « hypertension ».

Mais, en 2023 et en 2024, elles ont publié séparément leurs propres recommandations avec des divergences notables. Si les recommandations de l’ESH sont semblables à celles de 2018, celles de l’ESC annoncées en 2024 apportent d’importants changements avec une nouvelle classification distinguant la pression artérielle en 3 catégories : pression artérielle « non élevée », pression artérielle « élevée » et « hypertension ». L’hypertension reste définie par une pression systolique supérieure à 140 mmHg ou une pression diastolique supérieure à 90 mmHg, mais une tension est dite « élevée » dès lors que la pression systolique est supérieure à 120 mmHg ou que la pression diastolique est supérieure à 70 mmHg, alors que jusqu’à présent, la pression artérielle était considérée comme « optimale » ou « normale » jusqu’à 130/85 mmHg.

Quels seraient les impacts d’une telle modification de classification en population générale française ?

Pour le savoir, une équipe de chercheurs et médecins a appliqué la classification proposée par l’ESC sur les données Constances, plus précisément sur les pressions artérielles de 203 000 volontaires âgés de 18 à 69 ans, mesurées à leur inclusion dans les Centres d’examens de santé.

Leurs travaux ont montré que 35 % des volontaires de Constances actuellement considérés comme ayant une tension artérielle « optimale » ou « normale » basculeraient dans la catégorie d’une tension artérielle « élevée ». Au total, 83,5 % des volontaires seraient alors classés comme ayant une tension artérielle « élevée » (52,6 %) ou une « hypertension » (30,9 %).

« C’est considérable, surtout que la population de Constances est plutôt « jeune ». Tous les volontaires avaient moins de 69 ans lors des mesures effectuées » indique Emmanuelle Vidal-Petiot, hypertensiologue à l’hôpital Bichat (Paris) et professeure de physiologie à l’Université Paris Cité, qui a coordonné l’étude. « Imaginez, avec cette nouvelle définition, seulement 16 % des volontaires de Constances seraient alors considérés comme des sujets en bonne santé s’agissant de leur niveau de pression artérielle. »

Pour établir ces nouvelles recommandations, l’ESC s’est notamment appuyée sur la pression artérielle, a priori strictement normale, d’une tribu amérindienne dont l’alimentation est non transformée et très pauvre en sel. « Certes la pression systolique des membres de cette communauté est toujours inférieure à 120 mmHg, en revanche un tiers d’entre eux avaient une pression diastolique supérieure à 70 mmHg » indique la chercheuse.

Un autre argument basé sur les données de Constances plaide pour conserver un seuil de pression diastolique plus haut que 70 mmHg, possiblement à 80 mmHg, pour caractériser une pression artérielle « non élevée ». En effet, les analyses montrent que chez les volontaires ayant une pression systolique inférieure à 120 mmHg, le risque d’accident vasculaire cérébral ou d’infarctus du myocarde, dans les 4 à 8 ans suivant les mesures réalisées lors du bilan de santé, n’est pas significativement différent entre les volontaires avec une pression diastolique inférieure à 70 mmHg et ceux avec une pression diastolique comprise entre 70 et 80 mmHg.

« Les données de Constances nous ont permis d’apporter un regard chiffré très vite après la publication de ces nouvelles recommandations par l’ESC en 2024, de publier un article dans une revue scientifique spécialisée et d’apporter ainsi un éclairage très important sur une controverse qui secoue encore les communautés » conclut Emmanuelle Vidal-Petiot.

 

Référence bibliographique :

Emmanuelle Vidal-Petiot, Sofiane Kab, Philippe Gabriel Steg. New Definition of Elevated Blood Pressure in the 2024 ESC Guidelines: Increased Prevalence, Uncertain Evidence. Circulation. 2025. DOI : 10.1161/CIRCULATIONAHA.124.072696

Balagny P, Vidal-Petiot E, Renuy A, Matta J, Frija-Masson J, Gabriel Steg P, Goldberg M, Zins M, D’Ortho M-P, Wiernik E. Prevalence, treatment and determinants of obstructive sleep apnoea and its symptoms in a population-based French cohort. ERJ Open Research. 2023. DOI: 10.1183/23120541.00053-2023.

Pauline Balagny, Emmanuelle Vidal-Petiot, Sofiane Kab, Justine Frija Philippe Gabriel Steg , Marcel Goldberg, Marie Zins, Marie-Pia d’Ortho and Emmanuel Wiernik. Association of Snoring and Daytime Sleepiness With Subsequent Incident Hypertension: A Population-Based Cohort Study. Hypertension. 2024. DOI: 10.1161/HYPERTENSIONAHA.124.23007

Etude « BeHealth » : lancement du 2e volet

Entre décembre 2022 et mars 2023, 20 000 volontaires ont été invités à participer au 1er volet de l’étude BeHealth – enquête de sciences comportementales menée par l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).

Ces mêmes volontaires vont être recontactés en juillet 2025 pour participer au 2d volet de l’enquête. Leur participation est importante pour mener à bien ce projet de recherche qui vise à étudier les liens entre certaines caractéristiques psychologiques des individus d’une part et l’état et les comportements de santé d’autre part.

Il s’agit d’une étude innovante en sciences comportementales lauréate de l’appel à projets 2019 de l’Agence nationale de la recherche et portée par Antoine Nebout (PSAE, INRAE).

Elle repose sur l’utilisation de données Constances et d’informations complémentaires, collectées par un questionnaire déployé sur une plateforme dédiée à ce type d’enquête, distincte de celle de Constances mais tout aussi sécurisée.

Dans ce 2d volet, les volontaires répondront à des questions qui permettront d’étudier certaines caractéristiques psychologiques individuelles et notamment l’attitude vis-à-vis du risque (notre propension à renoncer à un acquis certain pour un autre plus incertain mais à plus grande valeur) et vis-à-vis du temps (notre propension à renoncer à un acquis immédiat pour un meilleur dans le futur).

Les questions pour lesquelles il est demandé de faire un choix font référence à des gains monétaires. Même si le lien avec la santé peut paraître peu évident au premier abord, il est habituel, en sciences comportementales, d’utiliser ce type de mesure car l’argent est un outil connu, utilisé et compris de tous.

Merci aux volontaires de Constances qui participeront à cette étude, pour le temps qu’ils y consacreront.

Un lien entre glucides raffinés et myopie chez les hommes

Dans Constances, une alimentation riche en glucides raffinés (pâtisseries, pain blanc, biscuits…) est associée à une augmentation de la probabilité d’être myope chez les hommes, mais pas chez les femmes. Publiés le 22 mars 2025 sur le site de la revue Clinical Nutrition ESPEN, ces résultats seront approfondis par une étude longitudinale afin d’établir le risque de voir apparaître la myopie après une alimentation riche en glucides raffinés de manière claire et nette.

C’est un fait établi, basé sur des chiffres sans appel. Partout dans le monde, on observe une augmentation de la myopie avec le mode de vie occidental. La myopie, qui se définit par une bonne vision de près et une mauvaise vision de loin, est liée à une croissance trop importante du globe oculaire.

Bien qu’une base génétique de la myopie ait été démontrée, les facteurs environnementaux et liés au mode de vie, tels que le niveau d’éducation, le travail de près, l’urbanisation et le temps passé en intérieur jouent aussi un rôle dans son développement. Outre ces facteurs, les habitudes alimentaires et en particulier la consommation accrue de glucides raffinés (céréales du petit déjeuner, pâtisseries, gâteaux, pain blanc, biscuits…) sont suspectées d’interagir avec la myopie, potentiellement via des mécanismes liés à l’insuline.

Car qui dit forte consommation de glucides raffinés, dit libération rapide de grandes quantités de glucose dans le sang et pic de production d’insuline pour maintenir une glycémie normale. Or, l’insuline est une hormone connue pour aussi influencer la croissance du globe oculaire ! Aucune étude épidémiologique n’avait toutefois encore considéré l’association entre la myopie et une alimentation riche en glucides raffinés chez les adultes. Une équipe de l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier (ISEM) a eu l’idée lumineuse d’utiliser les données de Constances.

La myopie est liée à un globe oculaire trop long. L’image d’un objet lointain se forme devant les cellules rétiniennes et de ce fait est floue.

Une myopie pour 46 % des femmes et 39 % des hommes

Les chercheurs se sont focalisés sur les volontaires de Constances âgés entre 18 et 40 ans inclus en 2015. La myopie des participants a été évaluée grâce aux mesures du bilan de santé initial, incluant le test de Monoyer à 5 mètres, complétées par leurs réponses à l’auto-questionnaire (port de lunettes, myopie connue). Les scientifiques ont également pris en compte d’autres facteurs pouvant influencer la myopie, comme l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, l’activité physique. A noter que les personnes de plus de 40 ans n’ont pas été intégrées dans l’étude car leurs problèmes de vision peuvent être liés au vieillissement.

Il est apparu que 46 % des femmes et 39 % des hommes présentaient une myopie à au moins un œil. « Cette prévalence plus forte chez les femmes que chez les hommes était attendue. Elle se retrouve dans la population générale française mais aussi aux États-Unis, en Australie et dans des pays d’Asie » indique Claire Berticat, chercheuse à l’ISEM.

Les réponses des volontaires à la question 12 du questionnaire « Mode de vie et santé » ont permis aux chercheurs de déterminer la « charge glycémique » de l’alimentation. Cette charge glycémique est calculée à partir de la quantité de glucides dans une portion de nourriture standard et de son indice glycémique (la rapidité avec laquelle l’aliment augmente la glycémie).

Des glucides raffinés et des pics d’insuline

Les analyses statistiques menées sur 2 882 femmes et 2 389 hommes ont établi que la consommation de glucides raffinés augmentait significativement la probabilité d’être myope chez les hommes, mais pas chez les femmes. « Cette différence est probablement liée à un métabolisme différent chez les femmes et les hommes. Les hommes présentent généralement une moins bonne sensibilité à l’insuline que les femmes, entraînant une production excessive d’insuline après la consommation de glucides raffinés — un phénomène appelé hyperinsulinémie compensatoire. Cette hyperinsulinémie stimulerait indirectement la croissance du globe oculaire, favorisant ainsi l’apparition de la myopie. Chez les femmes, cette réponse insulinique étant moins marquée, l’effet sur la croissance de l’œil — et donc sur le risque de myopie — serait plus limité, ce qui pourrait expliquer l’absence d’association significative observée chez elles » explique la spécialiste en nutrition.

Cette étude réalisée dans le cadre du projet « Myopie et consommation de sucres » se prolonge aujourd’hui par un suivi longitudinal afin de confirmer le lien entre l’alimentation et l’apparition de myopie au cours du temps. « Mais d’ores et déjà, nous ne pouvons que conseiller aux participants, et à chacun, de consommer le moins de produits transformés possible, pour leur santé globale » conclut Michel Raymond, chercheur à l’ISEM qui a mené l’étude avec Claire Berticat.

Référence bibliographique : 

Claire Berticat, Elisa Venturini, Vincent Daien, Marcel Goldberg, Marie Zins & Michel Raymond. Association between myopia and refined carbohydrate consumption: A cross-sectional study from the Constances cohort. Clinical Nutrition ESPEN. 2025. DOI: 10.1016/j.clnesp.2025.03.033

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